Istanbul & Liban

Je suis parti le 14 janvier pour Istanbul, super séjour en terre Ottomane sur fond de loi française provoquant des unes de journaux assez mémorables.

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Istanbul est une ville effervescente et gigantesque, séparée en deux par le beau Bosphore bleu. Il y a les mosquées, des mouettes, d’innombrables drapeaux turcs qui flottent fièrement et un palais abritant la barbe du prophète et le bâton de moise (mouais..). Istanbul est clairement une ville ou on ne n’ennuie pas et  où il fait bon vivre (une traversée du Bosphore en bateau coute le même prix qu’un ticket de métro), malgré les bouchons. Il y a une grande hétérogénéité morphologique chez les turcs : certains sont plutôt foncés et exotiques, d’autres plutôt blancs et « caucasiens ». Un héritage de l’étendue géographique de l’empire Ottoman. Pour les femmes, la fréquence du voile dépend du quartier. La révélation linguistique du séjour est la proximité du turc avec le Hongrois, en moins difficile et bizarre tout de même, non mais.  D’une manière générale, la ville est un curieux et agréable mélange d’orient -minarets, çay, narguilés- et d’occident -strabucks, Mc Donald.

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La ville regorge d’endroits à explorer, et un peu comme Buda et Pest, la rive asiatique est plus calme et posée que la rive européenne.  13 kebabs,26 çay et 10 parties de Tavla après, c’est l’atterrissage à l’aéroport Rafiq Hariri, fraichement reconstruit après sa destruction par l’aviation israélienne en 2006. Bienvenue au Proche-Orient !

Le Liban est réputé pour sa vertigineuse complexité et pourrait être qualifié de Balkans du Moyen-Orient : il est en effet composé d’une multitude de minorités aux allégeances souvent opposées, véritable patchwork ethnique dans lequel les divisions confessionnelles sont souvent instrumentalisés selon leur intérêts par les voisins du pays, en particulier les plus immédiats. Il est dès lors impossible de s’intéresser au Liban sans placer au premier plan les turbulences qui traversent le proche-orient, la vulnérabilité géographique et politique faisant du Liban un terrain d’affrontement « par procuration » idéal. Le pays a ainsi été meurtri a de nombreuses reprises par les opérations militaires israéliennes, bombardant arbitrairement civils et infrastructures tel que les centrales électriques et l’aéroport de Beyrouth. La Syrie quand à elle a exercé sa tutelle sur le Liban pendant de nombreuses années, Hafez Al-Assad ayant soufflé le chaud et le froid, apportant son aide tantôt aux causes « panarabes » tantôt aux chrétiens maronites.

La Syrie a la une Libanaise

En 2005, suite au spectaculaire et meurtrier attentat contre Rafiq Hariri la « révolution du Cèdre » éclate, provoquant le retrait Syrien. Ce reflux du régime de Damas du fait de la vindicte populaire aurait pu apaiser les tensions communautaires mais produit plutôt l’effet inverse, le clivage pro-syrien/antisyrien prenant même une dimension cruciale dans la vie politique. Ce dernier paramètre se constate particulièrement aujourd’hui en raison de la crise Syrienne. Dire que tout est lié au Moyen-Orient peut sembler être une plate banalité ; ça n’en est pas moins la caractéristique principale de la région. Le Hezbollah est la pièce qui explique les enjeux énormes de la crises syrienne sur le Liban : le régime de Damas est un allié du Hezbollah, même si son soutien est moins absolu et surtout moins idéologique que celui de l’Iran (la Syrie et l’Iran étant parvenus à faire fi de leur différence pour former un partenariat stratégique). Dès lors, le Hezbollah, sorte de baromètre et porte-parole par défaut de la communauté chiite libanaise, (la plus nombreuse des minorités, mais pas majoritaire) affirme son soutien à Bachar Al-Assad. Ce soutien va-t-il perdurer, et quel effet va-t-il avoir sur le Liban  ? Le Hezbollah est lui-même un point de débat particulièrement chaud au Liban : des libanais veulent le désarmement de cet état dans l’Etat, craignant qu’il ne devienne le bras armé de la communauté chiite, malgré les paroles apaisantes de Nasrallah sur ce sujet, et d’autres (les chiites) ne veulent même pas l’envisager. Si Assad tombe, qu’adviendra –t-il du partenariat Syrie-Hezbollah ? comment l’éventuel nouveau pouvoir définira sa politique vis-à-vis de l’Iran et d’Israël ?

C’est là que les choses deviennent intéressantes : On trouve tout et son contraire concernant cette incertitude, certains affirment que l’actuelle rébellion syrienne serait plutôt (et a priori paradoxalement) bien disposée à l’égard d’Israël, ce qui explique le silence de Tel-Aviv, soucieuse de ne pas discréditer l’opposition en lui affirmant son soutien. Pour appuyer cette théorie, il s’avère qu’un membre du CNS a appelé à l’aide d’Israël pour le renversement du régime baasiste.  Si cette Hypothèse s’avère vraie, alors l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas se verra fortement perturbé, ce qui risque de produire un chaos sans pareil, notamment si la dernière folie en date, à savoir une irrationnelle attaque contre l’Iran de la part d’Israël se réalise.  Pourquoi ? certains éléments de la rébellion syrienne sont financés et encouragé par le Wahhabisme saoudien qui se caractérise par sa détestation du chiisme et son pleutrisme caractérisé à l’égard d’Israël( tranchant avec le courage du Hezbollah en la matière). Autant d’éléments qui ne laissent pas planer grand doute sur l’avenir du partenariat avec le Hezbollah et l’Iran en cas d’une prise de pouvoir d’éléments Sunnites et extrémistes en Syrie. En sachant le nouveau pouvoir syrien hostile au Hezbollah, Israël pourrait alors retenter ce qu’il avait échoué à faire en 2006, à savoir détruire le « parti de Dieu », scénario néfaste pour le Liban et les libanais, étant donné que la stratégie de l’Etat Hébreu consiste à bombarder des civils pour pousser la population à se retourner contre le Hezbollah. Seulement jusqu’ici c’est toujours l’effet inverse qui s’est produit (1982,2006…), les libanais devenant, une fois n’est pas coutume, solidaires face à l’adversité.

Beyrouth

Malgré son développement urbain anarchique et son gout pour le béton,  Beyrouth est moins laide qu’on la décrit, et se révéle même assez attachante. Elle est autrement moins disgracieuse qu’une partie du littoral, surtout entre Beyrouth et Tripoli, défiguré par des immeubles informes et les panneaux publicitaires. A Beyrouth,  les impacts de balles sur certaines façades rappellent que la ville a traversé quinze ans de guerre civile, mais le fracas des travaux et l’armada de grues illustrent la frénésie reconstructrice. Les promoteurs immobiliers, nombreux et voraces, ne se font d’ailleurs pas prier pour augmenter le prix des logements. A l’image du système politique confessionnel ( le président doit être chrétien, le PM sunnite et le président du parlement chiite), Il y a un quartier chrétien (Achrafieh), un quartier musulman très animé (Hamra), un quartier arménien et le quartier chiite. La corniche offre de beaux couchers de soleil et on a passé une très agréable journée sur la plage. Culinairement parlant, c’est de toute beauté : falafel, chawarmas, hommos…Nos amis les libanais ont même pris soin de brasser une blonde de très bonne facture, l’Almaza.

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L’ostentation (parait-il toute libanaise)  et l’aspect « vitrine » confère même un coté comique au centre-ville : l’Horloge de la place de l’étoile est signé Rolex et Hummers et Porsches défilent devant les boutiques de luxe, contrastant sévèrement avec la banlieue sud qui ressemble parfois à un Bidonville. Dans le centre ville, le gaullois en vadrouille ne manque pas de remarquer la rue Jaques Chirac, grand ami de feu R.Hariri. Si au Liban certains roulent en Porsche, les coupures d’électricité sont très fréquentes, le service public est quasi inexistant, et l’eau n’est pas potable. C’est au sud de Beyrouth que se trouvent les « camps » palestiniens de Sabra et Chatila, dans lesquels des milices phalangistes commirent un odieux massacre avec la complicité d’une armée israélienne allant jusqu’à lancer des fusées éclairantes pour permettre à leur protégés de poursuivre leur tueries à la nuit tombée. Aujourd’hui ces camps sont en réalité un quartier, dans lequel les habitants vivent malgré tout (les palestiniens n’ont pas le droit de travailler au Liban). Les lignes électriques sont bricolés et il n’y eu pas moins de quatre coupures durant notre passage. Face à l’augmentation de la population, les bâtiments sont construits étages par étages. On était avec un photographe de presse turc qui n’arrêtait pas de mitrailler de manière très intrusive, et quand certains lui manifestaient un peu d’hostilité, il affirmait sa nationalité turque comme un passeport pour désamorcer la tension. Dans l’ensemble, les gens sont contents de voir des visiteurs. Partout, des portraits d’Arafat, parfois de bashar. En parlant avec eux, on se rend compte que certains ont tendance à apprécier tous les leaders arabes comme alliés naturels et d’autre, dans un rejet bien compréhensible étant donné le cynisme avec lequel la plupart des pays arabes ont traité les palestiniens, (« septembre noir » en Jordanie, Hafez Al-Assad aidant des milices chrétiennes à démanteler des camps palestiniens) affirment mépriser tous les leaders arabes. Il est un peu tragique de considérer que ce qui devait être à l’origine des camps de réfugiés (par définition transitoires)  d’un peuple chassés par le sionisme,  soient devenus permanent. Aujourd’hui, les Palestiniens du Liban sont peut-être nés au Liban, mais ils n’oublient pas, comme le montrent les affiches illustrant un retour en Palestine. Je ne sais pas si cette terre leur a été promise mais elle est aussi la leur (chronologiquement parlant de 70 après JC à 1947), et le simple fait de la vie dans ces camps est un pied de nez a ceux qui préféreraient oublier l’existence des palestiniens en colonisant et spoliant à toute vapeur, en refusant toute concession et en exigeant tout.    Les chatiliens ne parlant pas français et rarement anglais, la communication se limite à des mots clés suivis de pouces vers le haut ou le bas. C’est là-bas qu’on dégustera le meilleur Chawarma.

Le Liban est aussi un haut lieu d’archéologie puisqu’il porte de nombreuses traces des époques phénicienne (certains libanais disent,  « ah non, je ne suis pas arabe, je suis phénicien »), byzantine et Romaine. Les ruines les plus massives étant celles de Baalbek, dans la vallée de la bekaa, ou des occidentaux ont été enlevés dans les années 1980. La trace des croisés est également très présente au Liban,  comme à Byblos ou a Saida.

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Depuis Saida, il faut emprunter de sinueuses routes de montagne et grimper sévèrement pour arriver au complexe touristique ouvert par le Hezbollah, à l’endroit même où était implantée leur base pendant la guerre de 2006. Au fur et à mesure qu’on roule, les portraits de Nasrallah se font de plus en plus nombreux. Une fois arrivé au musée, offrant une vue panoramique sur le sud-Liban, il apparait clairement qu’il n’y a pas de taxis pour revenir à Saida, et le chauffeur n’a pas l’air de vouloir m’attendre. S’ensuit une discussion entre lui et deux hezbouliotes, et le bougre finit par m’accorder une demi-heure, ce qui est très peu étant donné la taille du musée. La visite se fera donc au pas de course, ici les Katiouchas, là les souterrains et le poste de commandement, la bas un char israélien avec un nœud au canon, beaucoup de choses à voir et trop peu de temps, dommage..

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Au retour, j’ai une escale de 9 heures à Prague qui sera l’occasion d’un déjeuner avec les ressortissants Lillois de la belle ville. Prague donne une grosse claque visuelle et fait chauffer les appareils photos malgré le thermomètre sous le zéro. C’est un véritable décor de cinéma, coquet et calme, la neige venant enrober la ville d’un manteau de majesté. Image

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De Tripoli à Damas

À peine arrivés à Tripoli, notre attention fut retenue par une manifestation d’hommes brandissant des panneaux noirs, et une voix beuglante, fortement amplifiée. Le mot « bashar » revenant souvent dans la harangue aux intonations hostiles, il parut assez clair qu’il s’agissait d’un attroupement anti-régime syrien. Plus tard, un commerçant confirme notre supposition: il s’agit de salafistes.

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Cette anecdote confirme la complexité de la crise qui se déroule à quelques dizaines de  kilomètres de là, en Syrie. Beaucoup de sources – dont celle nécessairement exagérée et propagandiste du gouvernement – font état de rebelles salafistes armés par l’Arabie saoudite et le Qatar ; la chaine de ce dernier petro-Etat – Al-Jazeera-  faisant dans la surenchère anti-régime jusqu’à truquer ou inventer des informations (le régime ne s’en privant pas non plus). Dès lors, pourquoi cette confrontation des propagandes? En Syrie, la contestation anti-régime est loin d’être uniforme et pacifique : si de nombreux citoyens , parfois pacifiques, parfois armés, aspirent légitimement et courageusement à une chute du régime, il y a également des éléments rebelles dont les intentions sont beaucoup moins claires. La présence de bandes armées s’attaquant aux forces gouvernementales et parfois aux civils – comme l’armée est accusée de le faire –  a provoqué l’escalade de la violence, le régime semblant désormais réagir de manière désemparée. Il s’avère que certains groupes armés  luttent moins pour  la liberté que pour la chute du régime pour des raisons religieuses et politiques, comme l’indique le récent soutien de Al Zahawiri, chef d’Al-Qaida, ou du moins ce qu’il en reste, à la rébellion.  Ce soutien, assez ironique puisqu’il coïncide avec la politique américaine sur la Syrie, est une confirmation de l’action Wahhabiste et Salafiste contre Damas. L’appui aux rebelles  par les Saoudiens et Qataris s’explique par leur détestation des chiites, hérétiques à leur yeux extrémistes. ( le président Syrien étant alaouite, branche du Chiisme, et  allié de l’Iran (chiite) et du Hezbollah(chiite)). Pour illustrer ce propos, citons le récent assassinat d’un général à Damas et les attentats à la voiture piégée, bien curieuse manière de revendiquer la démocratie. Encore une fois, ceci n’enlève rien à la légitimité des citoyens syriens « bien intentionnés » qui aspirent à un changement de régime. À Tripoli, cet attroupement illustrait l’aspect guerrier et « religieux » d’une frange de la rébellion : s’agissant de libanais, ce n’est pas la répression du régime syrien qui les poussaient à lui exprimer leur hostilité, mais bien des motivations plus idéologique (le parti Baas syrien étant farouchement laïc), comme le confirme ce documentaire de France 24,ou encore les récents affrontements entre pro et anti-Assad ayant fait 2 morts à Tripoli. Il apparait donc clairement que deux versions des faits s’opposent. C’est là qu’intervient le rapport de la ligue arabe : 160 experts ont été envoyés en Syrie pendant un mois dans l’optique de faire la lumière sur les événements. Or, le rapport des observateurs à plus corroboré la « version du régime » – sans y adhérer totalement- que celle des pétromonarchies du Golf, le Qatar en tête. Ce dernier a donc voulu empêché la diffusion du rapport par tous les moyens jusqu’à ce qu’il fuite malgré tout. Il a été supprimé du site de la ligue arabe et les observateurs ont été discrédités, comme l’administration Bush l’avait fait avec l’ambassadeur Wilson, qui ne corroborait pas la fable des WMD (affaire Valérie Plame )  (Le voici dans sa version intégrale française).

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Si la brutalité de la répression du régime de Damas  n’est pas contestable, il reste extrêmement difficile de savoir exactement ce qui se passe en Syrie, et donc de jauger le degré de réalité des deux versions des faits. Assiste-on a une féroce répression contre un soulèvement populaire ou à un population civile prise en otage entre des groupes armés et organisés d’un coté et l’armée de l’autre ?  Le fait que des rebelles soient armés et violent apparait maintenant comme une évidence – étant donné qu’il y  a de lourdes pertes dans les rangs de l’armée.  A cet égard, le spécialiste émérite du proche orient Robert Fisk confirme la présence de groupes armés tirant parfois sur civils et militaires indifféremment en faisant références aux « tireurs des toits » de Paris en 1945.

Une couverture médiatique sensationnaliste et lacunaire :

À la lumière des enjeux qui entourent l’évolution du conflit,  la couverture médiatique ne permet pas, à mon sens, de bien comprendre la situation actuelle. Les Journaux et TV donnent en effet une couverture incomplète et souvent partiale, non par malveillance, mais par manque de sources fiables et de journalistes sur le terrain.  Certains médias ont aussi tendance à vouloir plaquer le schéma « printemps arabe » sur la Syrie, alors que la situation est très spécifique ; ne faudrait il pas plutôt parler d’hiver Syrien ? Un exemple de la difficulté d’objectiver les informations sur la Syrie est la mort de Gilles Jacquier : l’opposition et le gouvernent se sont mutuellement rejeté la faute, chacun y allant de son petit communiqué. Cet épisode a néanmoins fait voler en éclat le mythe d’une opposition pacifique, 8 manifestants pro régime ayant été tués en même temps que le journaliste…Le caractère géographiquement située de la crise a été aussi négligé à ses début : Alep et Damas restaient stables, alors qu’ Homs et Hama étaient les principaux terrains d’affrontements. Plus grave, jusqu’à très récemment les médias ne faisaient quasiment pas état des manifestions pro-régime, contribuant ainsi à donner une opinion biaisé, simpliste et manichéenne des violences sévissant en Syrie. Enfin, une autre erreur, à mon sens, des médias français est la sur-citation du président Al-Assad, nom martelé comme un slogan. Dans un reportage d’ « envoyé spécial », la voix off recourait systématiquement au terme de « troupes de Bachar Al-Assad » pour qualifier l’armée syrienne, comme si il était le seul homme à exercer des responsabilités dans le pays, alors que l’expérience montre que les hommes derrière le président pèsent souvent plus sur les décisions étatiques que le président lui-même, sans compter l’inertie bureaucratique qui caractérise ce régime autoritaire.  En outre, lors des « manifestations pro-Assad » qui rassemblent encore une part non négligeable de la population (bourgeoisie, alaouites, chrétiens), les manifestants expriment plus leur inquiétude face à l’avenir du pays que leur attachement à la personne de Bachar El-Assad. En effet, l’état de chaos actuel ne risque –t-il pas de provoquer des tensions ethniques, dans un pays où cohabitent différents minorités ?  R.Girard, journaliste au figaro a brisé le mur de soupe du discours rabâché ad-nauséam à grand renfort de prise d’otage émotionnelle (parler du « peuple » de colombes contre un sanguinaire dictateur) en affirmant « Il ne faut pas se voiler la face. A Homs, c’est une guerre de religion qui a commencé ».

Tombera, Tombera pas ?

Quid, en effet, du sort de la minorité alaouite  si le régime s’effondre ? La même interrogation vaut pour les chrétiens, aujourd’hui tous derrière bachar car ayant bénéficié de sa protection. De telles interrogation pourraient être taxés de catastrophisme, les minorités ayant jusqu’ici cohabité assez harmonieusement. Cependant des semaines de combats sont aptes à réveiller et dramatiser les clivages ethnico-confessionels de la société syrienne. La question de la possibilité du maintien du régime se pose alors naturellement. Sur le plan économique, Karim Emil Bitar, directeur de recherche a l’IRIS, affirme que « Les sanctions turques et européennes seront très douloureuses pour la Syrie. Entre 90 et 95 % du pétrole et des hydrocarbures syriens étaient exportés vers l’Europe. Les sanctions de l’UE vont donc coûter à la Syrie près de $ 450 millions par mois », le nerf de la guerre risque alors de se tarir dangereusement pour Damas, sans compter que le même auteur pense que la situation a atteint son point de non-retour et que pour de nombreux syriens, « le régime est déjà tombé ».  Il reste que Bachar Al-Assad garde ses alliés Russe et Iraniens dans son jeu, et que selon Robert Fisk, la patience et l’usure ont toujours été la marque de fabrique des Assad. Concernant le risque de guerre civile et l’incertitude du futur pour le pays en cas de chute du Régime, « Une étude récente publiée par Columbia University Press montre que lorsqu’une révolte contre un dictateur est pacifique, il n’y a que 28 % de chances que le pays tombe dans la guerre civile ; lorsque la lutte est armée, le risque de guerre civile monte à 43 %. En cas de lutte armée, les chances d’une transition démocratique réussie au bout de 5 ans ne sont que de 3 %. En cas de révolution pacifique, les chances sont de 51 %. » (source : IRIS), de quoi adopter un regard plutôt pessimiste sur la tournure des évènements. Dès lors, l’exigence d’épargner au maximum les population civiles impose une solution pacifique, la fuite en avant dans la violence flirtant désormais avec le risque de guerre civile.  On l’a vu, Damas a tendu une main en prononçant une amnistie et en mettant sur pieds une nouvelle constitution qui réduirait la main mise du parti baas. Jusqu’ici l’opposition, minée par sa désunion, ne s’est pas montrée sensible à cette opportunité de sortie de crise « par le haut ». L’évolution du dialogue en dira long sur la véritable nature du CNS, basé à Istanbul et à Londres, et avalisera ou non la version gouvernementale de terroristes œuvrant a la déstabilisation du pays. Bref, L’idéal serait bien évidemment une sortie de crise mettant en place un gouvernement pluraliste et démocratique, mais pour beaucoup, les violences ont dépassé le point de non retour. Enfin, la solidité du régime est largement sous-estimée, et ceux qui proclament aujourd’hui sa chute imminente ne sont pas plus crédibles qu’il y a six mois…

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En somme, il ne s’agit pas de dénoncer une « propagande occidentale » pour en gober une autre, mais de faire preuve de circonspection face au flux d’articles sur la Syrie, en définitive très pauvres en informations et analyses mais riches en termes lyriques et non neutres tels que « bains de sang », « ville martyre » etc… Le choix des mots est de fait crucial et révélateur : un bombardement faisant 10 morts peut être qualifié de « boucherie » ou d’ « opération militaire ayant entraîné des dommages collatéraux » selon qui rédige l’article…Ce type de traitement de la crise occulte la réflexion géopolitique de long terme :  la possibilité d’une montée des violences interconfessionnelles, le remodelage des équilibres stratégique et des rapports de force dans la région et par rapport a l’occident… A supposer que des salafistes prennent le pouvoir, le partenariat avec l’Iran et le Hezbollah risque d’être totalement  remis en cause, affaiblissant un Iran qui compte plus que jamais sur ses partenariats stratégiques régionaux. La Syrie est en effet le pion qui protège le fou Iranien (fort de sa diagonale Russie/Sud Liban), aujourd’hui dans l’œil du cyclone. Sur la question Iranienne deux blocs se dessinent clairement, et dans cet échiquier, une reine est américaine, l’autre Russe. L’implacable engrenage des alliances ayant prouvé son potentiel « bélligène » dans le passé, on peut se tenir averti des conséquences catastrophiques que pourraient avoir une attaque israélienne contre l’Iran. C’est pourquoi il faut se demander quelle pièce deviendra la Syrie. Pour conclure, si la véritable nature de l’opposition est très floue, le régime de Damas est corrompu, torture et tue ; bref, agit en animal blessé. Bachar Al-Assad, fils de son père, n’est certes pas un enfant de cœur, mais méfions-nous des appels à l’ingérence – les bombardements qui en sont l’instrument causent les morts civils qu’ils ont vocation d’éviter-  et rappelons-nous que ce n’est pas parce qu’un dictateur opprime son peuple que sa chute entraine mécaniquement son bonheur : il suffit de jeter un œil au chaos qui règne actuellement en Irak. Certes, la Syrie n’est pas l’Irak, encore moins la Libye, mais ne nous a-t-on pas affirmé, martelé, que l’opposition Libyenne allait accoucher d’une démocratie humaniste ? Pour les grotesques chantres de l’intervention en Libye, le réveil est rude. Le « droit de l’hommisme » à géométrie variable est une ficelle trop grosse et trop usée… De surcroît, il faut se méfier des antagonismes à priori, les intérêts géostratégique engendrant souvent des partenariats « contre-nature » : avant de vomir le « grand Satan », Ben Laden était armé et épaulé par la CIA dans sa lutte contre l’URSS. Il n’est ainsi pas à exclure que les États-Unis fournissent un soutien logistiques aux insurgés comme il l’ont souvent fait – le récent envoi de drones le confirme. A cet égard, David Hirst dans Beware of Small States décrit la dislocation de la Syrie comme partie intégrante de l’agenda géopolitique néoconservateur, mélange dangereux et détestable de manichéisme débile et de cynisme. Certes, le président a changé de couleur, mais un bref regard aux coulisses de la maison blanche permet de ne pas déclarer le glas de la stratégie du Greater Middle East trop tôt. Si cette subversion est avérée, les Etats-Unis jouent un jeu dangereux, et le blocus Russe malgré les pressions US n’est alors pas sans rappeler, toute proportion gardés et l’idéologie en moins, la guerre Froide Est-Ouest qui paraissait déjà appartenir au monolithique.

Quelques liens : http://www.lorientlejour.com/category/Corrig%C3%A9/article/742055/Bakri_%3A_El-Qaeda_est_pret_a_lancer_une_campagne_dattentats-suicide_en_Syrie.html http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fisk-could-there-be-some-bad-guys-among-the-rebels-too-6719999.html http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/mar/21/syria-not-immune-to-arab-uprising http://www.lorientlejour.com/category/Derni%C3%A8res+Infos/article/744698/Syrie_%3A_Mansour_accuse_la_Ligue_de_fermer_les_yeux_sur_les_%22violences_imputees_a_lopposition%22.html

Allons en Pologne

Après avoir  loué une voiture,  le cap fut mis au nord pour un voyage de 7 heures traversant la Slovaquie.  Passé le cap du froid, Cracovie est superbe et je dirais même distille peut être plus de charme lorsqu’on la parcoure que Budapest, qui  est finalement plus belle vue de loin que de près – et dieu sait que j’ai une haute opinion de ma ville d’accueil. Krakow a un côté plus avenant, plus village, très différent des grands boulevards budapestois. Il faut dire que contrairement a Varsovie, ville martyre qui a pris un tarif incroyable pendant la guerre, Cracovie a été épargnée par les allemands – du moins les bâtiments, difficilement déportables. Seconde plus grande ville de Pologne, elle en était la capitale avant que ça ne soit Varsovie et a donc un fort potentiel symbolique, étant aussi la ville de Jean-Paul II et de Copernic.

C’est dans son université que les nazis ont invité les prof et scientifiques a une « conférence » pour mieux les déporter, scène qu’on voit, si je ne m’abuse, dans la liste de Schindler, l’usine dudit bonhomme se trouvant également dans les environs. La grand place, très aérée à un charisme incroyable, orné d’un bâtiment central orientalisant et d’une basilique Sainte Marie d’une classe folle,  le marché de noël ne faisant qu’ajouter a la photogénie de l’endroit.(sur cette place se trouvent d’ailleurs les pigeons les moins peureux du monde). On s’imagine bien la parcourir sur un grand cheval noir, sabre au coté en mode cavalerie polonaise chargeant contre les panzers. Il y a d’ailleurs beaucoup de calèches qui nous gratifient du cliquetis des sabots sur les pavés, autrement plus musical qu’un moteur. On dit que ça ressemble à Prague, en partie du fait des rues pavés. Les trams, pittoresques, ajoutent une touche rétro a la ville. Tous les bars et clubs étant concentrés au même endroit, l’ambiance est donc assez lillesque, entendre rue de solfé, et on croise beaucoup de monde la nuit dans les rues, contrairement a Buda ou tout est beaucoup plus espacé. La vie est par ailleurs encore moins chère qu’en Hongrie, c’est-à-dire qu’un Bon resto coute dans les huit euros et un Mc Do 3 euros. Ça fait toujours plaisir. Bref, entouré d’une clique bien rodée et a renfort de restau sympa au détriment des caisses du royaume, on a connu séjour plus désagréable. Le Dimanche, nous avons embarqué dans un bus a direction d’un endroit proche,mais beaucoup moins charmant.

photo prise de l'intérieur du camp
Auschwitz II : Birkenau

Contrairement a ce qu’on appelle la « shoah par balles » soit l’action des einzatsgruppen en Europe de l’est, pour laquelle il faut creuser – au sens propre- pour découvrir les vestiges, et aux camps détruits comme Sobibor, Auschwitz est la partie visible de l’iceberg que constitue la politique génocidaire nazie. Le trajet depuis Cracovie jusqu’au camp dure une heure. La première chose qui frappe en arrivant sur les lieux est le nombre de visiteurs ; cet aspect « tourisme de masse » devient très déplacé si ce n’est malsain lorsqu’on voit que des posters d’Auschwitz sont en vente (pourquoi pas des t-shirts ou des mugs tant qu’on y est?) et qu’un fast food se situe tout près, la ou tous les cars se garent.  La visite commence par le camp Auschwitz I. Les bâtiments de ce camp existaient déjà avant la guerre et étaient occupés par l’armée polonaise, les nazis ont donc juste investi les lieux en 1940 et décoré à leur manière (barbelés, miradors) afin d’en faire un camp de concentration destiné aux opposants polonais et aux socialistes.

Auschwitz I

On y voit les montagnes de cheveux, de valises et de chaussures, les déportés n’étant pas censés savoir que pour la plupart d’entre eux l’espérance de vie  à la sortie du train se compte en minutes. Derrière des vitres se trouvent également les preuves : des dizaines de boites de zyklon B vides, de quoi donner des sueurs froides à  faurisson.

On visite également la chambre a gaz et les crématoires, construites après Wansee. Suite au lancement de Barbarossa, les prisonniers soviétiques commencèrent  à affluer, c’est d’ailleurs sur eux que les premiers gazages a l’est ont étés effectués, d’abord par le gaz d’échappement de camions (Aktion Reinhard).(Des handicapés mentaux avaient dans les années 30 étés gazés en Allemagne, Aktion T4).  A l ‘été 41, dans le sillage de la Wermarcht, les einzatsgruppen ( à ce propos je recommande le livre les chasseurs noirs de C.Ingrao)  s’engouffrent a l’est et commencèrent leur massacres. Ensuite,la décision d’industrialiser l’extermination vient en grande partie du fait que les exécutions par balles étaient laborieuses et pénibles psychologiquement ( sic) pour les bourreaux ; Himmler venu assister a un massacre en Biélorussie fut même pris de malaise…Il fallait donc trouver une méthode plus « propre »pour réaliser cet ignoble dessein.

Birkenau , immense et pourvu de 4 bâtiments intégrant chambre a gaz et crématoire fut construit en 1941 a 3 km du camp original. Aujourd’hui, il ne reste plus que des ruines des chambres a gaz : une a été détruite par une révolte de déportés(sonderkommando)  et les trois autres dynamités par les nazis fuyant le camp devant l’avancée russe. Situé au fond du camp, le complexe d’extermination abrite aujourd’hui un mémorial ou trônent des plaques commémoratives écrites dans toutes les langues des déportés, soit 22, rappelant ainsi la difficulté de communication entre détenus rendant toute évasion quasi impossible ( a l’époque les juifs de l’est parlaient Yiddish). Le camp parait un peu vide car la majorité des baraquements de Birkenau ont été démontés par les soviétiques et par des civils cherchant un toit, mais il en reste cependant un certain nombre dans lesquel on peut rentrer pour réaliser le confort du lieu…

plaque de commémoration. Il y en a dans 22 langues

En plus d’être impressionnante et d’être une occasion unique de mettre les pieds dans ce lieu dont on entend parler depuis son enfance,  la visite permet de se remémorer des faits et détails  un peu oubliés, comme l’histoire du prêtre polonais se proposant pour mourir de faim a la place d’un autre détenu, ou d’apprendre : le fameux panneau « arbeit mach frei » ne se trouve pas derrière le non moins célèbre bâtiment d’entrée par laquelle passe la voie ferré mais dans le camp numéro 1, les sinistre rails menant en fait a Birkenau. Cette voie ferré existait déjà avant, les nazis on donc fait a l’économie et a l’efficacité, le camp étant centralement situé en Europe et relativement éloigné de toute habitation.  La photo connue de ce bâtiment est en fait prise de l’intérieur du camp ; c’est en 1944 que les rails ont été prolongés jusqu’aux chambres a gaz,  spécialement pour l’arrivée des juifs hongrois. Le IIIeme camp, monowitz, était « juste » un usine de travail pour IG farben et l’industrie de guerre allemande, on ne le visite pas car détruit par les alliés pendant la guerre.  La visite ne peut se faire seul, il faut un guide. Cette dernière marchait un peu trop vite ce qui fait qu’on avait a peine le temps de lire les explications des différentes salles.

Au début je n’ai pas trop aimé la guide qui parlait avec une certaine agressivité, et faisait tout pour faire ressentir une culpabilité chez des gens nés 45 ans après la guerre tout en ne manquant pas d’insister sur le pathos, comme si on n’était pas assez grand pour appréhender et ressentir de nous-même l’ampleur de l’horreur. Avant de venir je me demandais d’ailleurs si on ressentait, quelque part physiquement, une tension en foulant un lieu qui a été la plus grande usine de mort de l’histoire et dans lequel ont  volés en cendres plus d’un million de vies. En fait pas tant que ça, le nombre de touristes n’aidant pas a imaginer les SS patrouillant entre les blocks.

Cependant le portail « arbeit » et le bâtiment d’entrée de Birkenau dégagent un magnétisme particulier qui fait qu’il est difficile d’en détacher les yeux, comme si en scrutant la brique rouge on voulait comprendre comment l’homme pouvait atteindre ce niveau de déshumanisation et de cruauté, tout en mangeant, dormant et ayant une vie de famille ( Heydrich était, partait-il un père aimant, Mengele un homme courtois…). A cet égard, a moins que notre guide n’ai pas choisi de nous les montrer, je n’ai pas vu de panneaux ou documents consacré au Dr. Mengele, qui était pourtant un personnage clé du camp. Il semble en effet être l’incarnation de la barbarie nazie :  a l’arrivé du train, mengele, en uniforme impeccable et ganté de blanc dirigeait de bref gestes de la main les déportés entre mort immédiate et sursis, tel un macabre chef d’orchestre. Ses expériences médicales effroyables sur des détenus réduits a l’état de souris de laboratoires soulèvent bien des interrogations : S’agit il d’un sadisme, d’une cruauté qui s’exprime grâce a  l’absence de contraintes morales ou juridiques du régime nazi, ou s’agit il d’un individu insensible pensant faire son devoir, et dont des années a respirer l’air national-socialiste on dissolu tout repère éthique, rendant sa tache compatible avec un comportement social par ailleurs normal, le juif ou tzigane n’accédant pas a ses yeux au rang d’humain ? En d’autres termes, mengele était il un psychopathe ou un individu « normal » formaté par le régime ? Il serait bien plus rassurant d’opter pour la première option mais le cas de la majorité des criminels nazis montrent qu’ils avaient une famille et que ces dernière les décrivaient en personnes respectables et attentionné… Il s’agirait dans ce cas-la d’une compartimentalisation poussée a l’extrême, sorte de schizophrénie qui expliquerait que le nazi borde sa fille le soir et en conduise d’autres a la chambre a gaz le lendemain, sans remord apparent.  Tenter de comprendre comment des hommes peuvent arriver a  infliger la mort quotidiennement, comme un tache ordinaire, reste toujours bien périlleux.

Dans notre groupe d’amis il y a deux allemands, lorsque que je leur ai demandé quelle était leur relation à la mémoire du IIIeme reich, ils m’ont dit que le « fardeau »  pesaient surtout sur la génération de leur parents et grand-parents  et qu’ils ont tourné la page une fois pour toute. Ils opèrent a une séparation, un cloisonnement mental entre leur pays et le nazisme. Des lors, les nazis leurs sont totalement étrangers, ce qui leur a permis de se rendre à Auschwitz avec un certain détachement. Cependant il s’avère que la rancune traverse les générations plus surement que la culpabilité ; dans un bar, je discutais avec des polonais – mes camarades germaniques se trouvant sur la banquette d’en face- qui « hate the fuckin germans », et on les comprend . Nazi ou Soviets, La Pologne a quand même sacrément dégustée son XXeme siecle.

Rory Gallagher

Rory Gallagher est né en Irlande en 1948 et mort en 1995. Comme beaucoup de ses contemporains, il fait partie de ceux dont le talent immense et brut explose aux oreilles et s’impose instantanément avec une limpide évidence. (faisons-en des tonnes !!)

Il représente une race quasi-éteinte, celle des dits guitar-héros de légende, capables d’électriser une foule en un bend, et de créer des morceaux qui traverseront le temps (comme Stairway to heaven ou Hotel Califorina) sans prendre une ride ; contrairement à la musique-hamburger, surproduite et vide,  vite écoutée et vite oubliée.  Rory Gallagher est un bon musicien parce qu’ il est capable de faire prendre vie aux notes qu’il joue (cf. solo d’intro de a million miles away), la magie du blues et du rock, hard-rock, étant de  jouer des plans  récurrents mais toujours en jouant ces mêmes notes différemment, en accentuant,  modifiant son touché. Par exemple, on peut dire la même phrase avec une quasi infinité d’intonations et de timbres différents et c’est exactement la même chose en guitare, qui a le mérite d’être un instrument très expressif. L’irlandais ayant plus d’une corde à son arc, non content d’être multinstrumentiste ( saxo, mandoline, harmonica), il se révèle aussi être un excellent compositeur, capable de pondre des joyaux acoustiques ou électriques, toujours emprunt d’une certaine subtilité et d’un soupçon d’influence celtique, sans jamais tomber dans les mélodies faciles sur des suites d’accords milles fois entendues. L’individu, lui aussi, mérite d’être salué. Il n’a jamais compromis son style ou succombé aux sirènes du tube qui rapporte, bombardé par les radios et MTV, ce qui explique sa méconnaissance du grand public(il a quand même vendu plus de 30 million d’albums) .En y réfléchissant, ce n’est pas plus mal quand on voit a quel point il est dommage que beaucoup ne connaissent de Led Zeppelin que Stairway et de Scorpions que leur fameux slow….Ses pairs en revanche, de Clapton à Hendrix, se répandaient en éloges et des foules  enthousiastes se rendaient a ses concerts ou le freluquet se transformait en dieu du larsen et du decibel, renvoyant la concurrence a l’age de pierre.

Le blues coulant dans ses veines, il fait partie de ceux qui vivent leur musique à fond, transpirent sur scène, rentrent dans une autre dimension, et font passer une énergie a leur public. Ceux-là seront cités par leurs successeurs comme des modèles, et leurs albums seront d’intarissables sources d’inspiration et d’admiration.Un roi sans couronne qui règne pour l’éternité.  Cette race la n’est pas celle des adeptes de la vitesse et de la technique, qui en elle seule n’est rien, mais ne vaut qu’en tant que vecteur, que moyen d’expression.  Rien n’est plus moche qu’un solo rapide dépourvu d’ intérêt musical ou rythmique, sans harmonie ni mélodie. Rien n’est pire qu’un guitariste plat qui joue sans vibrato, sans nuance et a volume constant. C’est pour ça que Jimmy page, dont les solos en concert étaient souvent brouillons et a  la technique somme toute limité, sera toujours une référence et une légende, plus grand que ceux qui font tenir 13 notes en une seconde. Or, Rory Gallagher partage avec Page cette énergie brute, parfois mal dégrossie, ces fulgurances d’envolés superbes, a mille lieu du jeu chirurgical si rapide qu’on peine a distinguer les notes et qui au final n’apporte pas grand chose. Évidemment, certains concilient technique et talent, et pondaient des solos magnifiques, fluides et percutants ( Randy Rhoads et Dimebag Darrell).

Comme Led Zeppelin, R .G se pare de la décoration suprême, celle de l’éclectisme ;  nombreux sont les groupes qui donnent l’impression de jouer mille fois la même chanson (suivez mon regard), toujours avec authenticité et brio, mais reléguant au placard créativité et originalité.  Il ne s’enferme pas dans un blues caricatural qui se mord la queue mais alterne rock dur  avec chansons folk et aérienne, sans jamais perdre son identité.   Les chansons suivantes  combinent tout ce qui fait la qualité d’une œuvre musicale quelle qu’elle soit : implication : jouer avec les tripes, puissance et/ou nuance, virtuosité/talent…Vous l’aurez compris, Rory Gallagher ce n’est pas vraiment de la musique d’ascenseur . Assez parlé, musique maestro!

Corvinteto

Le corvinteto est un endroit ou on se rend généralement a bière +4. Attention toutefois a ne pas être trop diplômé a l’entrée.  Cette boite est située en haut d’un magasin a l’allure anodine, et seule la présence des gorilles au pied de l’immeuble permet de distinguer l’entrée. Après avoir montré patte blanche, il faut monter un escalier sur quelques étages. Les murs sont couverts de graffitis et post it et l’ensemble fait penser a un immeuble de ex RDA.

Au fur et a mesure qu’on monte, les Boom Boom se font de moins en moins étouffés, jusqu’à arriver. Le lieu est immense, et son gros point fort est le toit. Il est en effet possible d’aller siroter un verre sous les étoiles, pour fuir quelque instants l’étouffante chaleur de la piste de danse. La musique te force a danser comme un pantin désarticulé, c’est-à-dire que 2 heures au corvinteto font bruler autant de calories qu’un match de rugby.  Anecdote, alors qu’on se dirigeait vers la sortie, un pote erasmus manifeste l’envie pressante d’acquérir un t shirt Corvinteto, il demande donc au videur qui porte l’un des t shirts ou on peut en acheter. Bien sur, a cette heure la, la boutique est fermée. Je lui suggère alors d’échanger son t shirt avec celui du vigile. Ce dernier, après avoir un peu hésité, s’exécute volontiers. Comme quoi, les videurs ne sont toujours des gorilles patibulaires ! On y est retourné l’autre soir, et a part les écrans qui diffusaient Kill Bill, c’était nul. Donc le corvinteto c’est soit génial  et on se marre bien soit c’est naze et on ne s’éternise pas.

Petits détails en vrac :

Les hongrois (comme tous les gens d’europe cenrale et orientale) ne peuvent pas prononcer le W, ils disent V a la place. C’est assez rigolo a entendre ; ca donne « the Vonder of the Vorld », « i Vill » etc…Les hollandais parlent bien anglais,  les espagnols galèrent. Mes collocs (espagnols) m’ont ainsi confié que quand les autres ersamus papotent entre eux, il restent les bras croisés car ça va trop vite pour eux et ils ne parlent pas de peur d’être ridicule, du coup la majorité de leur potes sont espagnols. Ma colloc se passe par ailleurs très bien : c’est quand même agréable quand on rentre a 4h du matin, de les trouver sur le canapé en train de jouer du Pink Floyd a la guitare et l’Harmonica, et de pouvoir ensuite jouer ensemble Neil Young et autres agréments avant d’aller se coucher.

Il y a beaucoup, beaucoup d’allemands ! C’est un peu le IV reich ici. Heureusement, ils sont hyper cools et aucun ne marche au pas en faisant plein de bruit avec ses bottes. Aujourd’hui j’ai eu mon premier cour de hongrois. On a commencé par réciter l’alphabet hongrois après la prof comme en maternelle, c’était assez marrant, surtout que les prononciations sont plutot exotiques.

Attention au surmenage

Le week-end dernier, on est allé a une sorte de WEI local. Au programme, entre autre, farniente et baignade au bord du lac balaton ( qui au passage ne casse pas trois pâtes a un canard), beer pong, et danses traditionnelles hongroises très sympathiques. Hier, ce fut une excursion dans les collines avoisinant Budapest. Désormais, il est déjà temps d’organiser ce qui sera le point culminant de la 3A :  la retrouvailles avec les amis éparpillés partout sur la terre. En janvier, si tous les plannings concordent ça sera donc peut être Milan, puis Istanbul et enfin Beyrouth !!! En plus, Budapest étant stratégiquement placé en Europe, je compte bien faire un petit tour dans les capitales avoisinantes, a commencer par Prague.

2012 se rapproche

On a beau être a des milliers de kilomètres, difficile d’échapper a l’actualité politique française.

La primaire :

5 ans après la « bravitude » , la cruche du poitou est de retour, moins crédible que jamais. Elle en est encore a déblatérer des généralités confondantes « il faut relancer l’activité Économique »…  De stature déjà plus présidentielle que sa concurrente féminine, Aubry a tablé sur le sérieux et la sobriété ( ?).  Elle sort par contre une belle contre vérité en disant que le nucléaire est une « énergie de transition » – quand on considère par exemple qu’on a passé le pic pétrolier, et qu’a moins de vouloir pédaler, on voit mal comment  remplacer le nucléaire dans un futur proche. Manuel Valls  joue clairement la carte de la franchise pour occulter son cruel manque d’expérience. Comme Matt Damon dans L’agence, il veut jouer au mec qui dit la vérité : nous sommes endettés. Seulement voilà, dans l’optique d’être élu, toute vérité n’est pas bonne a dire et c’est souvent en misant  sur une campagne de grands mots et de bons slogans qu’on l’emporte. (faire appel a l’histoire et aux symboles, parler de « rêve », utiliser des citations de grand hommes etc…la formule marche depuis longtemps). Valls a néanmoins fait preuve de bon sens dans sa position vis a vis de l’économie européenne : « Mais Arnaud, l’équilibre des compte n’est pas une formalité administrative ».

Hollande, l’ancien joufflu, a sacrifié ses granola et sa glace a la vanille sur l’autel de l’ambition présidentielle. On sent le type qui y pense chaque matin en se rasant et  se réveille en sueur – comme dans les films – quand il cauchemarde que la maire de Lille le coiffe au poteau. Détermination semble être son maitre mot, il ne s’en cache d’ailleurs pas et rappelle a tout va qu’il est le plus motivé de tous les candidats en lice. Sa prestation a prouvé une certaine maturité sur le fond, face a un Montebourg un peu simplificateur. (vis a vis de la « regle d’or », certes personne ne la respecte, mais le but n’est pas de limiter les déficits pour « faire plaisir’ a l’europe mais bien pour notre propre bien). Dans cette primaire, Hollande fait office de représentant de la vielle garde, celle issue du binome Sc Po-ENA, et qui a roulé sa bosse en trustant pendant assez longtemps la présidence du PS.

Montebourg, la grande gueule, peut compter sur son enthousiasme et  son allure de jeune papa-pull sur les épaules. Mais son dynamisme oratoire est a double tranchant, s’il enchante certain, il peut paraitre plus a sa place sur une scène de théâtre que sur un plateau télé, et qui plus est a l’Elysée. Comme Valls, jeunesse et manque d’expérience sont autant de boulets au pied dont il aura du mal a se défaire tout au long du marathon présidentiel.  Pour clouer le cercueil, si on ne peut que saluer sa démarche de  lier enfin les mains d’une  finance de marché qui s’est trop longtemps enivré a l’argent facile , son concept de « décroissance » semble pour le moins flou. Bref, il peut paraitre « chien fou » et manquer de sérieux. Il se donne même des airs Villepinien en lançant « vous qui écrivez l’histoire de France ».

L’autre la, – JM Baylet –  on dirait un figurant pour plus belle la vie ou on l’imaginerait bien faire une pub pour des olives verte. Ceci dit, il marque un point en affirmant que l’élection se gagnera plus sur les valeurs, et une conception différente de la stature présidentielle que sur les thématiques concrètement économique et sociale. En effet, si la crise est la préoccupation principale des français, le candidat qui emportera leur vote sera celui qui utilisera toutes les aspects négatifs sur le plan « moral » du quinquennat ( augmentation de son salaire, bouclier fiscal, amis millionaire, bling-bling…) Sarkozy pour faire miroiter une éthique de gouvernement. Quand a lui DSK nous a sorti un numéro d’acteur, aussi préparé qu’indécent. Le pauvre chéri a perdu « sa légerté ».

Évoquons brièvement le fond :  le grand absent de ce premier débat est a mon sens la politique étrangère. Cette dernière étant censé etre le « domaine réservé » du président, on est en droit de le regretter. Quid de l’engagement en Lybie ? (comme disent les guignols « les armes françaises, si vous ne les achetez pas, on vous les livres directement, dans la gueule ».) Quid de la grande séance de lâcheté collective vers laquelle on se dirige a l’ONU, lorsqu’Israel parviendra une fois de plus à enrayer le « procéssus de paix », ou plutôt faire valoir son fameux droit a la sécurité pour empêcher l’émergence d’un Etat Palestien. Comme toujours, l’occident ne manque jamais de déclaration d’intentions mais quand il s’agit de tenir tête a Tel Aviv, il n’y a plus personne…Comme le résume parfaitement Hubert Védrine : « proposer de se remettre à la table des négociations avant une reconnaissance de l’ONU est d’un cynisme total, puisque le gouvernement israélien a été élu sur un programme où le compromis n’est pas envisageable. Ce texte revient à laisser M. Nétanyahou  entretenir le statu quo. »

A l’Elysée, La formule « diviser pour mieux régner » n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd ; Sarkozy utilisera les divisions du PS – parti dont l’unique candidat ne pourra occulter les dissensions qui règnent entre ses ténors –  comme un marchepied pour rempiler. Lui et son équipe de savant communicants, jouerons « unité vs pugilat », et on voit d’ici venir la fameuse carte du « j’ai changé » , la voix grave, le calme apparent et autre retraite dans des monastère pour  mieux séduire la ménagère. Malheureusement, l’électorat peut avoir la mémoire courte et oublier ses rancœurs dans l’urgence du moment. Dieu sait qu’une bonne prestation dans un débat télévisé peut effacer des années de politiques catastrophiques (demandez a Mitterrand). Sarkozy , s’il n’a pas l’intelligence de Giscard, est un stratège habile et lucide :  il sait ce qu’il a faire et quand,  vise un seul et même but et est prêt a tout – Il l’a démontré par le passé. Le petit nerveux  a amorcé sa phase de réélection il y a bien longtemps ; il laisse l’UMP se charger de se salir les mains et apparait moins a la télé. En somme il fait l’inverse de ce qu’il est, et tente d’apparaitre comme un vrai président : un sage qui prend du recul, et qui ne se montre pas a tout va. Sarkozy est un acteur. Dans Trouble Jeu, De Niro jongle entre papa gâteau et abominable psychopathe avec un talent hallucinant, et bien Sarkozy c’est la même chose, mais a l’envers, il excelle a dissimuler sa vrai nature  en distillant humour , image, et flatterie aux journalistes, dans l’espoir que ceux-ci pondent des  tribunes orientés ( on voit d’ici venir les « pourquoi je soutiens Sarkozy ? » de Barbier).Il ne manquera pas de faire valoir son bilan ( et vive la mémoire sélective), sa gestion de la crise financière a son firmament (2008) et sa connaissance des grands de ce monde pour décrédibiliser son adversaire.

Bref, clément, si tu passes par la, j’ai bien peur que ton pronostic puisse se réaliser , et qu’on puisse avoir a  supporter le nain cinq ans encore. Le bébé de la dinde de l’Elysée arrivera à point nommé. Un bébé rose ça adoucit les angles non ?   Pour terminer, loin de moi l’idée de jouer au devin de pacotille, tout peut arriver et rien n’est encore joué.

PS : dtoute façon, en  2012, je vote pour lui

A ti te gusta Evo Morales ?

Ce blog est censé être sur la Hongrie, mais j’ai peur que les souvenirs de  mon stage en Bolivie se diluent au fil des années, cet article parle donc de mon été sudaméricain.

Commençons par le commencement. En feuilletant la liste des stages des promos précédentes a la bibli, on se rend compte qu’il y a 3 catégories : Les stages qui font franchement pas envie « Supervision du rayon boucherie du Super U de Lens » ou « Bibliothèque municipale de Lille », les énooormes pistons : stage a l’ONU, dame pipi a la maison blanche.. et ceux qui te plaisent plus ou moins. J’avais envie de faire mon stage en Amérique latine, j’ai donc contacté ceux qui l’avaient fait la bas, ce qui m’a conduit en Bolivie au sein de Mano a Mano, une ong de Cochabamba.

Que tal el Presidente ?

Evo Morales, premier président indien (Aymara) de Bolivie, a été élu en 2005 et est loin, très loin, de faire l’unanimité. Comme en France me direz vous, mais ici c’est bien plus virulent, dans l’amour comme dans la haine. J’ai quand même demandé a au moins 50 personnes «  A ti te gusta Evo Morales ?» ( j’ai fini par me lasser au bout de 3 semaines). Pendant une soirée, un bolivien m’affirmait qu’il vénérait Morales, avait sa carte du MAS etc…En revanche, mon « patron » m’a soutenu que « el pays esta mal » et que Morales avait des dérives autoritaires ( censure etc..). La majorité des gens que j’ai interrogé, dont pas mal de chauffeur de taxis et de jeunes, ne l’aiment pas .  Avant de partir, je m’était forgé mon point de vue en regardant ses discours sur youtube. J’ai trouvé admirable qu’il légalise la feuille de coca ( plante sacrée, parfaitement inoffensive et aux vertus thérapeutiques), et en mâche une a la tribune de l’ONU. La coca est un incontournable de la Bolivie ; en plus d’etre utilisé dans des rituels religieux, elles constituent l’unique réconfort des mineurs de Potosi qui en mâchent continuellement jusqu’à en avoir une grosse boule dans la joue. Mais il se trouve que la coca sert a fabriquer la cocaïne…c’est la que le bat blesse.

Les EUA, dans l’optique que moins de gens se poudrent le nez chez eux, ont donc envoyé leur chiens de la DEA pour faire leur loi en Bolivie ; vas-y que je rende illégal une plante dont la culture constitue l’unique source de revenu d’une grande partie de la population. Comme toujours, les cowboys ont abusé de leur force et on tué, torturé et violé du petit indigène. Morales a foutu la DEA a la porte et il a eu raison. Il a aussi viré l’ambassadeur US, it takes balls, non ?

En résumé, morales incarne la division du pays entre l’Est riche, moteur économique du pays ( Santa Cruz) qui est en partie autonome du gouvernement de La Paz, et aspire a l’être complètement et le reste et les campagnes, peuplé de paysans indigènes. En résumé, on lui reproche de jouer la carte « indigène » au détriment du reste et de diviser le pays. Je persiste a croire que mieux vaut un président réellement bolivien qu’un caniche de Washington, comme Gonzalo Sánchez de Lozada, surnommé « el gringo », qui a ruiné le pays et coule maintenant des jours paisibles dans le Maryland

Daily life in Cochabamba

En se promenant dans les rues , ce qu’on remarque le plus, hormis le fait que tout le monde soit petit, bronzé et parle espagnol sans accent, ce sont le nombre de cybercafés, de taxis ( pour être un taxi, il suffit de coller un autocollant  « taxi » sur son pare-brise) et de pharmacies. Je le mentionne car a priori rien n’explique que les pharmacies pullulent : ça m’a donc un peu surpris. On trouve aussi énormément de vendeurs de rue ( sorte d’épicerie miniatures) ou de stands de hamburgers (dont j’use et abuse) et/ou choses plus exotiques. Difficile également de parcourir une rue sans croiser un magasin de portable, ou plutôt de carte sim, totalement peint au couleur de la compagnie. Ici, on aime aussi écrire tout ce qui nous passe par la tête sur les murs. C’est parfois politique « Evo de Nuevo » ou « Furera Morales », ça sert aussi a exprimer son enthousiasme pour un truc : en France on like une page Facebook, en Bolivie on le marque sur un mur ( j’ai vu écrit EMINEM un jour, ça doit faire bizarre que quelqu’un marque ton nom sur un mur a des dizaines de milliers de kms) ça veut parfois rien dire et une fois il y avait tagué « have a nice day ». Pourquoi pas.

Les voitures ont la priorité sur le piéton et klaxonnent en déboulant sur un carrefour, pour dire « cassez vous je passe ». Les bus sont en fait des minivans et on les hèle a n’importe quel endroit et descend quand on veut, c’est très pratique. Évidemment, je n’ai jamais mis ma ceinture, d’ailleurs il n’y en a même pas. Cette absence de formalisme est très appréciable :  le soir on montait a 10 dans un taxi, donc certains dans le coffre pour aller dans les bars.

Petit paradoxe marrant : les gens balancent allègrement leur papiers et autre déchets par les fenêtres des voitures et bus, les rues sont parsemés de déchets mais quand tu achètes une bouteille de coca en verre, tu a obligation de la boire sur place et de la rendre au vendeur pour recyclage, bon soit. Mais ça me dérange plus lorsqu’il s’agit de la bière : pour acheter une bouteille, il est préférable d’avoir une bouteille vide a donner en échange, sinon c’est beaucoup plus cher.

En ce qui concerne la faune, les chiens errants cohabitent pacifiquement avec les humains, et s’occupent comme ils peuvent : font la sieste contre un mur, gambadent avec leur camarades et surtout tentent de subsister en farfouillant dans les ordures qui jonchent les rues. Une fois, j’ai croisé un groupe de10 clébards qui courraient en groupe sur le trottoir. Ils étaient surement en retard quelque part. J’aime bien ces chiens ; sans eux la ville ne serait pas la même.

Et puis ça contribue aussi au dépaysement, car la Bolivie n’est pas l’Argentine ni le Chili, pays assez, voire très occidentalisés. Ici, plus de 60% de la population est indigène – pas arrière arrière petit fils de conquistador quoi – et le pays est nettement plus pauvre que ses voisins. Cependant, on n’est jamais frappé par la misère comme on pourrait l’être dans de nombreux pays africains. C’est-à-dire que dans les rues, il y a infiniment moins de mendiants que ce l’on pourrait attendre, et contrairement a l’Inde, personne ne vient vous arranger par curiosité. Une des heureuse conséquence (pour moi) de ce faible poid économique, c’est le cout de la vie, hallucinament faible. A midi, avec les collègues de bureau, on bouffait pour 1   euros, et un taxi coute 50 centimes en ville. Mes voyages de bus de 11 heures on couté entre 4 et 5 euros (un fois 2 euros mais j’ai voyagé allongé dans l’allée entre les sièges). A propos de car, mon pire souvenir a été un trajet en bus de nuit quasi vide,  glacial car sans chauffage ni couverture ( j’avais quand même 5 couches, des gants, un bonnet péruvien et je suis pas frileux)  et pour ne rien arranger le car roulait a 2 a l’heure, ce  qui fait qu’une heure après l’arrivé, dans mon lit, j’avais encore les pieds glacés.

Dans ce pays, qui compte parmi les plus pauvre d’Amérique latine malgré ses considérables réserves de lithium, étain et argent, il y a une nette division ville/Campagne. L’ONG dans laquelle j’ai travaillé construit des cliniques, des écoles et des routes pour les communautés pauvres et/car isolés. J’ai eu l’occasion de voir a quoi ressemble une communauté rurale bolivienne durant les deux inaugurations auxquels j’ai assisté ( discours, hymne national, et repas que t’as pas intérêt a refuser – Alors que j’étais tranquillement en train de faire des percussions avec les villageois, le chef de la communauté vient me prendre par la manche pour m’indiquer la salle du repas, je lui explique alors que je suis un peu malade ces dernier temps, rien y fait, il a l’air d’y tenir, et me foudroie du regard. J’ai mangé). Toutes les infrastructures construites par Mano a Mano aident énormément : une route praticable, par exemple, permet d’améliorer le commerce de produits agricoles locaux, de permettre aux gamins d’aller a l’école, et d’évacuer d’éventuels malades vers les villes. Une clinique permet de dispenser des soins vitaux en cas de maladie grave et élève largement le niveau d’hygiène du village.Mais Mano a Mano n’est pas le père noël non plus et exige une participation de la communauté dans l’entretien des structures construites. Le personnel était super sympa, m’ont fait un pot de départ etc..Les deux personnes que je consultait le plus fréquemment pour rendre compte de l’avancée de mon travail étaient d’une grande générosité, toujours disponibles et souriants et étaient parfaitement dépourvu de tous gêne de petit chef (acariâtre ou autoritaire), c’est a dire qu’un jour, en arrivant en retard, je m’assoie a mon bureau et le Dr. Zegara, mon principal « superviseur’ me gratifie d’un large sourire.Il était surtout en train d’écouter AC/DC a volume relativement élevée, ce qui n’était pas pour me déplaire.

Dangereux ou pas dangereux ?

Alors la, c’est ma plus grande surprise du voyage : absolument aucun problème de sécurité, même pas un regard de travers : c’est vous dire si je suis revenu entier ! Mais pourquoi serait-ce une surprise ? Tout simplement parce que les récits sur des agressions plus ou moins graves en Bolivie ne manquent pas : Des innombrables histoires histoires qu’on m’a raconté a la récente mort de deux français au nord du pays. Rolux, par exemple ( un fellow-palien qui est allé en Bolivie pour sa 3a) s’est fait braqué et menacé avec un couteau en l’espace de 2 mois, une autre volontaire américaine a évité le pickpocket d’un coup de pied bien placé, d’autres se sont fait dépouiller dans un bus, par des types armés d’armes blanches, et la litanie continue. Pourtant, je ne considère pas que la Bolivie soit un pays dangereux. il aurait très bien pu m’ arriver des ennuis : j’ai voyagé de nuit et parfois seul, j’ai énormément arpenté les rues, de jour comme a 3h du mat’, je suis allé dans les marchés…J’ai peut être eu beaucoup de chance, mais je crois plutôt que ce sont les victimes de vol ou d’agression qui en on manqué.Au regard de mon séjour, je suppose qu’ils étaient vraiment au mauvais endroit au mauvais moment. Il y a bien sur des zones a éviter : tout le monde m’a mis en garde contre la collina san sebastian par exemple. Même chose pour le Brésil, réputé dangereux, mon pote marc l’a sillonné tout l’été, et est revenu alive and well…

« Bruit d’obturateur »

La Bolivie est incontestablement un pays photogénique  et je le classe dans le top 10 des pays en terme de lieux d’intérêts et de diversité des paysages. Des sommets a 6000 metres, a l’Amazonie en passant par le Salar de Uyuni et le charme colonial de Sucre… Cette dernière ville, toute blanchie a la Chaux, est une splendeur. J’ai adoré La Paz mais je sais pas trop pourquoi, beaucoup n’aiment pas. En fait si, je sais pourquoi, la ville est situé dans un environnement montagneux et est elle-même très vallonnée. La nuit, elle brille donc de mille feux comme un sapin de noël, et c’est magnifique car ça scintille au dessus de toi.  Ajoutez à ce spectacle une bière fraiche et vous êtes comblé. Par contre, C’est très pollué, en partie parce que c’est la plus haute ville du monde. Le rues sont pentues et l’ambiance est radicalement différente de Cochabamba. La Paz est plus extrême, a tout point de vue : il  y a l’effervescence de toute capitale qui se respecte, le froid, l’altitude…

Pour obtenir Potosi, prenez le design de rues et l’altitude de la Paz (pentues et 4000 mètres), l’architecture coloniale de Sucre et ajoutez des couleurs a cette dernière. Ça donne une très belle ville, ancienne mine d’argent qui a permit à l’Espagne de rayonner en son temps, sur le dos (littéralement) des indiens qui tombaient comme des mouches dans les ténèbres des profondeurs. Aujourd’hui, ils triment toujours, mais pour leur propre compte.

La visite des mines est l’un des moment les plus mémorables du voyage. Après avoir revêtu tout l’équipement, on a acheté des cadeaux (dynamite, alcool a 96, gants , soda et feuilles de coca) pour les mineurs – la moindre des choses pour des touristes qui vont vivre pendant 3 heures ce qu’eux vivent quotidiennement jusqu’à la mort. Ensuite on descends, en s’éclairant a la lampe frontale, et on apprend a se courber après s’etre cogné plusieurs fois. Au fond de la mine, on s’est assis en rond avec les mineurs, et on a parlé pendant une heure tout en buvant un mélange d’alcool pur et de jus de fruit. Quand c’est a ton tour de boire, il faut renverser un peu de liquide sur le sol, pour Pachamama, la déesse de la terre. L’un deux avec 5 femmes, l’autre avait 5 gosses a 25 ans. Tous paraissent 15 ans de plus que leur âge. Ils ont pesté contre le gouvernement et la centralisation tout en reconnaissant des bonnes choses dans l’action de Morales. A noter que cette visite n’est pas du voyeurisme car les mineurs sont très fier de leur boulot et apprécient donc la compagnie des touristes. On a aussi vu la statue du Tio ( le diable). La mine est censé lui appartenir et ils lui font donc des offrandes pour qu’il les protègent. Le tio est le fruit de l’imagination des espagnols, quand les indiens se sont rebellés contre leur conditions de vie, il ont eu l’idée de créer ce diable pour les effrayer afin qu’il retournent trimer docilement. Faut croire que ça a marché. C’est quand même dingue que le catholicisme perdure en Amérique latine, quand on voit la manière dont il a été importé..Comme dirait un belge :  » Après 2-3 génération, le gamin il sait même plus pourquoi il prie ».

Quand on est allé a La Paz, on en a profité pour dévaler la « route la plus dangereuse du monde » a VTT. Ce chemin a flanc de montagne doit sa sinistre réputation aux accidents graves ( un bus de 100 personnes tombant dans le vide) qui sont survenus, a cause de son étroiteté ( parfois 3 metres de large seulement, d’un coté la montagne, de l’autre le vide.) Mais aujourd’hui il est a sens unique, et si tu as bien tes deux yeux, aucun souci a se faire, il suffit de rouler prudemment et de freiner dans les virages. Il y a quelques années un japonais a voulu faire le malin et a fait un fatal vol plané d’un km. L’intérêt de la descente réside dans le dénivelée : on part de 5000 mètres pour arriver a 1000 mètres, passant du coup des neiges éternelles au climat tropical. L’autre gros morceau de la partie « voyage » de mon séjour a été le salar de Uyuni, plus grand désert de sel du monde. Grand spectacle assuré. J’étais avec des belges (on a parlé bière,tintin et françois l’embrouille) qui « n’aiment pas les français, mais m’aiment bien moi, même si je suis français ».