Istanbul & Liban

Je suis parti le 14 janvier pour Istanbul, super séjour en terre Ottomane sur fond de loi française provoquant des unes de journaux assez mémorables.

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Istanbul est une ville effervescente et gigantesque, séparée en deux par le beau Bosphore bleu. Il y a les mosquées, des mouettes, d’innombrables drapeaux turcs qui flottent fièrement et un palais abritant la barbe du prophète et le bâton de moise (mouais..). Istanbul est clairement une ville ou on ne n’ennuie pas et  où il fait bon vivre (une traversée du Bosphore en bateau coute le même prix qu’un ticket de métro), malgré les bouchons. Il y a une grande hétérogénéité morphologique chez les turcs : certains sont plutôt foncés et exotiques, d’autres plutôt blancs et « caucasiens ». Un héritage de l’étendue géographique de l’empire Ottoman. Pour les femmes, la fréquence du voile dépend du quartier. La révélation linguistique du séjour est la proximité du turc avec le Hongrois, en moins difficile et bizarre tout de même, non mais.  D’une manière générale, la ville est un curieux et agréable mélange d’orient -minarets, çay, narguilés- et d’occident -strabucks, Mc Donald.

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La ville regorge d’endroits à explorer, et un peu comme Buda et Pest, la rive asiatique est plus calme et posée que la rive européenne.  13 kebabs,26 çay et 10 parties de Tavla après, c’est l’atterrissage à l’aéroport Rafiq Hariri, fraichement reconstruit après sa destruction par l’aviation israélienne en 2006. Bienvenue au Proche-Orient !

Le Liban est réputé pour sa vertigineuse complexité et pourrait être qualifié de Balkans du Moyen-Orient : il est en effet composé d’une multitude de minorités aux allégeances souvent opposées, véritable patchwork ethnique dans lequel les divisions confessionnelles sont souvent instrumentalisés selon leur intérêts par les voisins du pays, en particulier les plus immédiats. Il est dès lors impossible de s’intéresser au Liban sans placer au premier plan les turbulences qui traversent le proche-orient, la vulnérabilité géographique et politique faisant du Liban un terrain d’affrontement « par procuration » idéal. Le pays a ainsi été meurtri a de nombreuses reprises par les opérations militaires israéliennes, bombardant arbitrairement civils et infrastructures tel que les centrales électriques et l’aéroport de Beyrouth. La Syrie quand à elle a exercé sa tutelle sur le Liban pendant de nombreuses années, Hafez Al-Assad ayant soufflé le chaud et le froid, apportant son aide tantôt aux causes « panarabes » tantôt aux chrétiens maronites.

La Syrie a la une Libanaise

En 2005, suite au spectaculaire et meurtrier attentat contre Rafiq Hariri la « révolution du Cèdre » éclate, provoquant le retrait Syrien. Ce reflux du régime de Damas du fait de la vindicte populaire aurait pu apaiser les tensions communautaires mais produit plutôt l’effet inverse, le clivage pro-syrien/antisyrien prenant même une dimension cruciale dans la vie politique. Ce dernier paramètre se constate particulièrement aujourd’hui en raison de la crise Syrienne. Dire que tout est lié au Moyen-Orient peut sembler être une plate banalité ; ça n’en est pas moins la caractéristique principale de la région. Le Hezbollah est la pièce qui explique les enjeux énormes de la crises syrienne sur le Liban : le régime de Damas est un allié du Hezbollah, même si son soutien est moins absolu et surtout moins idéologique que celui de l’Iran (la Syrie et l’Iran étant parvenus à faire fi de leur différence pour former un partenariat stratégique). Dès lors, le Hezbollah, sorte de baromètre et porte-parole par défaut de la communauté chiite libanaise, (la plus nombreuse des minorités, mais pas majoritaire) affirme son soutien à Bachar Al-Assad. Ce soutien va-t-il perdurer, et quel effet va-t-il avoir sur le Liban  ? Le Hezbollah est lui-même un point de débat particulièrement chaud au Liban : des libanais veulent le désarmement de cet état dans l’Etat, craignant qu’il ne devienne le bras armé de la communauté chiite, malgré les paroles apaisantes de Nasrallah sur ce sujet, et d’autres (les chiites) ne veulent même pas l’envisager. Si Assad tombe, qu’adviendra –t-il du partenariat Syrie-Hezbollah ? comment l’éventuel nouveau pouvoir définira sa politique vis-à-vis de l’Iran et d’Israël ?

C’est là que les choses deviennent intéressantes : On trouve tout et son contraire concernant cette incertitude, certains affirment que l’actuelle rébellion syrienne serait plutôt (et a priori paradoxalement) bien disposée à l’égard d’Israël, ce qui explique le silence de Tel-Aviv, soucieuse de ne pas discréditer l’opposition en lui affirmant son soutien. Pour appuyer cette théorie, il s’avère qu’un membre du CNS a appelé à l’aide d’Israël pour le renversement du régime baasiste.  Si cette Hypothèse s’avère vraie, alors l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas se verra fortement perturbé, ce qui risque de produire un chaos sans pareil, notamment si la dernière folie en date, à savoir une irrationnelle attaque contre l’Iran de la part d’Israël se réalise.  Pourquoi ? certains éléments de la rébellion syrienne sont financés et encouragé par le Wahhabisme saoudien qui se caractérise par sa détestation du chiisme et son pleutrisme caractérisé à l’égard d’Israël( tranchant avec le courage du Hezbollah en la matière). Autant d’éléments qui ne laissent pas planer grand doute sur l’avenir du partenariat avec le Hezbollah et l’Iran en cas d’une prise de pouvoir d’éléments Sunnites et extrémistes en Syrie. En sachant le nouveau pouvoir syrien hostile au Hezbollah, Israël pourrait alors retenter ce qu’il avait échoué à faire en 2006, à savoir détruire le « parti de Dieu », scénario néfaste pour le Liban et les libanais, étant donné que la stratégie de l’Etat Hébreu consiste à bombarder des civils pour pousser la population à se retourner contre le Hezbollah. Seulement jusqu’ici c’est toujours l’effet inverse qui s’est produit (1982,2006…), les libanais devenant, une fois n’est pas coutume, solidaires face à l’adversité.

Beyrouth

Malgré son développement urbain anarchique et son gout pour le béton,  Beyrouth est moins laide qu’on la décrit, et se révéle même assez attachante. Elle est autrement moins disgracieuse qu’une partie du littoral, surtout entre Beyrouth et Tripoli, défiguré par des immeubles informes et les panneaux publicitaires. A Beyrouth,  les impacts de balles sur certaines façades rappellent que la ville a traversé quinze ans de guerre civile, mais le fracas des travaux et l’armada de grues illustrent la frénésie reconstructrice. Les promoteurs immobiliers, nombreux et voraces, ne se font d’ailleurs pas prier pour augmenter le prix des logements. A l’image du système politique confessionnel ( le président doit être chrétien, le PM sunnite et le président du parlement chiite), Il y a un quartier chrétien (Achrafieh), un quartier musulman très animé (Hamra), un quartier arménien et le quartier chiite. La corniche offre de beaux couchers de soleil et on a passé une très agréable journée sur la plage. Culinairement parlant, c’est de toute beauté : falafel, chawarmas, hommos…Nos amis les libanais ont même pris soin de brasser une blonde de très bonne facture, l’Almaza.

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L’ostentation (parait-il toute libanaise)  et l’aspect « vitrine » confère même un coté comique au centre-ville : l’Horloge de la place de l’étoile est signé Rolex et Hummers et Porsches défilent devant les boutiques de luxe, contrastant sévèrement avec la banlieue sud qui ressemble parfois à un Bidonville. Dans le centre ville, le gaullois en vadrouille ne manque pas de remarquer la rue Jaques Chirac, grand ami de feu R.Hariri. Si au Liban certains roulent en Porsche, les coupures d’électricité sont très fréquentes, le service public est quasi inexistant, et l’eau n’est pas potable. C’est au sud de Beyrouth que se trouvent les « camps » palestiniens de Sabra et Chatila, dans lesquels des milices phalangistes commirent un odieux massacre avec la complicité d’une armée israélienne allant jusqu’à lancer des fusées éclairantes pour permettre à leur protégés de poursuivre leur tueries à la nuit tombée. Aujourd’hui ces camps sont en réalité un quartier, dans lequel les habitants vivent malgré tout (les palestiniens n’ont pas le droit de travailler au Liban). Les lignes électriques sont bricolés et il n’y eu pas moins de quatre coupures durant notre passage. Face à l’augmentation de la population, les bâtiments sont construits étages par étages. On était avec un photographe de presse turc qui n’arrêtait pas de mitrailler de manière très intrusive, et quand certains lui manifestaient un peu d’hostilité, il affirmait sa nationalité turque comme un passeport pour désamorcer la tension. Dans l’ensemble, les gens sont contents de voir des visiteurs. Partout, des portraits d’Arafat, parfois de bashar. En parlant avec eux, on se rend compte que certains ont tendance à apprécier tous les leaders arabes comme alliés naturels et d’autre, dans un rejet bien compréhensible étant donné le cynisme avec lequel la plupart des pays arabes ont traité les palestiniens, (« septembre noir » en Jordanie, Hafez Al-Assad aidant des milices chrétiennes à démanteler des camps palestiniens) affirment mépriser tous les leaders arabes. Il est un peu tragique de considérer que ce qui devait être à l’origine des camps de réfugiés (par définition transitoires)  d’un peuple chassés par le sionisme,  soient devenus permanent. Aujourd’hui, les Palestiniens du Liban sont peut-être nés au Liban, mais ils n’oublient pas, comme le montrent les affiches illustrant un retour en Palestine. Je ne sais pas si cette terre leur a été promise mais elle est aussi la leur (chronologiquement parlant de 70 après JC à 1947), et le simple fait de la vie dans ces camps est un pied de nez a ceux qui préféreraient oublier l’existence des palestiniens en colonisant et spoliant à toute vapeur, en refusant toute concession et en exigeant tout.    Les chatiliens ne parlant pas français et rarement anglais, la communication se limite à des mots clés suivis de pouces vers le haut ou le bas. C’est là-bas qu’on dégustera le meilleur Chawarma.

Le Liban est aussi un haut lieu d’archéologie puisqu’il porte de nombreuses traces des époques phénicienne (certains libanais disent,  « ah non, je ne suis pas arabe, je suis phénicien »), byzantine et Romaine. Les ruines les plus massives étant celles de Baalbek, dans la vallée de la bekaa, ou des occidentaux ont été enlevés dans les années 1980. La trace des croisés est également très présente au Liban,  comme à Byblos ou a Saida.

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Depuis Saida, il faut emprunter de sinueuses routes de montagne et grimper sévèrement pour arriver au complexe touristique ouvert par le Hezbollah, à l’endroit même où était implantée leur base pendant la guerre de 2006. Au fur et à mesure qu’on roule, les portraits de Nasrallah se font de plus en plus nombreux. Une fois arrivé au musée, offrant une vue panoramique sur le sud-Liban, il apparait clairement qu’il n’y a pas de taxis pour revenir à Saida, et le chauffeur n’a pas l’air de vouloir m’attendre. S’ensuit une discussion entre lui et deux hezbouliotes, et le bougre finit par m’accorder une demi-heure, ce qui est très peu étant donné la taille du musée. La visite se fera donc au pas de course, ici les Katiouchas, là les souterrains et le poste de commandement, la bas un char israélien avec un nœud au canon, beaucoup de choses à voir et trop peu de temps, dommage..

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Au retour, j’ai une escale de 9 heures à Prague qui sera l’occasion d’un déjeuner avec les ressortissants Lillois de la belle ville. Prague donne une grosse claque visuelle et fait chauffer les appareils photos malgré le thermomètre sous le zéro. C’est un véritable décor de cinéma, coquet et calme, la neige venant enrober la ville d’un manteau de majesté. Image

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