Allons en Pologne

Après avoir  loué une voiture,  le cap fut mis au nord pour un voyage de 7 heures traversant la Slovaquie.  Passé le cap du froid, Cracovie est superbe et je dirais même distille peut être plus de charme lorsqu’on la parcoure que Budapest, qui  est finalement plus belle vue de loin que de près – et dieu sait que j’ai une haute opinion de ma ville d’accueil. Krakow a un côté plus avenant, plus village, très différent des grands boulevards budapestois. Il faut dire que contrairement a Varsovie, ville martyre qui a pris un tarif incroyable pendant la guerre, Cracovie a été épargnée par les allemands – du moins les bâtiments, difficilement déportables. Seconde plus grande ville de Pologne, elle en était la capitale avant que ça ne soit Varsovie et a donc un fort potentiel symbolique, étant aussi la ville de Jean-Paul II et de Copernic.

C’est dans son université que les nazis ont invité les prof et scientifiques a une « conférence » pour mieux les déporter, scène qu’on voit, si je ne m’abuse, dans la liste de Schindler, l’usine dudit bonhomme se trouvant également dans les environs. La grand place, très aérée à un charisme incroyable, orné d’un bâtiment central orientalisant et d’une basilique Sainte Marie d’une classe folle,  le marché de noël ne faisant qu’ajouter a la photogénie de l’endroit.(sur cette place se trouvent d’ailleurs les pigeons les moins peureux du monde). On s’imagine bien la parcourir sur un grand cheval noir, sabre au coté en mode cavalerie polonaise chargeant contre les panzers. Il y a d’ailleurs beaucoup de calèches qui nous gratifient du cliquetis des sabots sur les pavés, autrement plus musical qu’un moteur. On dit que ça ressemble à Prague, en partie du fait des rues pavés. Les trams, pittoresques, ajoutent une touche rétro a la ville. Tous les bars et clubs étant concentrés au même endroit, l’ambiance est donc assez lillesque, entendre rue de solfé, et on croise beaucoup de monde la nuit dans les rues, contrairement a Buda ou tout est beaucoup plus espacé. La vie est par ailleurs encore moins chère qu’en Hongrie, c’est-à-dire qu’un Bon resto coute dans les huit euros et un Mc Do 3 euros. Ça fait toujours plaisir. Bref, entouré d’une clique bien rodée et a renfort de restau sympa au détriment des caisses du royaume, on a connu séjour plus désagréable. Le Dimanche, nous avons embarqué dans un bus a direction d’un endroit proche,mais beaucoup moins charmant.

photo prise de l'intérieur du camp
Auschwitz II : Birkenau

Contrairement a ce qu’on appelle la « shoah par balles » soit l’action des einzatsgruppen en Europe de l’est, pour laquelle il faut creuser – au sens propre- pour découvrir les vestiges, et aux camps détruits comme Sobibor, Auschwitz est la partie visible de l’iceberg que constitue la politique génocidaire nazie. Le trajet depuis Cracovie jusqu’au camp dure une heure. La première chose qui frappe en arrivant sur les lieux est le nombre de visiteurs ; cet aspect « tourisme de masse » devient très déplacé si ce n’est malsain lorsqu’on voit que des posters d’Auschwitz sont en vente (pourquoi pas des t-shirts ou des mugs tant qu’on y est?) et qu’un fast food se situe tout près, la ou tous les cars se garent.  La visite commence par le camp Auschwitz I. Les bâtiments de ce camp existaient déjà avant la guerre et étaient occupés par l’armée polonaise, les nazis ont donc juste investi les lieux en 1940 et décoré à leur manière (barbelés, miradors) afin d’en faire un camp de concentration destiné aux opposants polonais et aux socialistes.

Auschwitz I

On y voit les montagnes de cheveux, de valises et de chaussures, les déportés n’étant pas censés savoir que pour la plupart d’entre eux l’espérance de vie  à la sortie du train se compte en minutes. Derrière des vitres se trouvent également les preuves : des dizaines de boites de zyklon B vides, de quoi donner des sueurs froides à  faurisson.

On visite également la chambre a gaz et les crématoires, construites après Wansee. Suite au lancement de Barbarossa, les prisonniers soviétiques commencèrent  à affluer, c’est d’ailleurs sur eux que les premiers gazages a l’est ont étés effectués, d’abord par le gaz d’échappement de camions (Aktion Reinhard).(Des handicapés mentaux avaient dans les années 30 étés gazés en Allemagne, Aktion T4).  A l ‘été 41, dans le sillage de la Wermarcht, les einzatsgruppen ( à ce propos je recommande le livre les chasseurs noirs de C.Ingrao)  s’engouffrent a l’est et commencèrent leur massacres. Ensuite,la décision d’industrialiser l’extermination vient en grande partie du fait que les exécutions par balles étaient laborieuses et pénibles psychologiquement ( sic) pour les bourreaux ; Himmler venu assister a un massacre en Biélorussie fut même pris de malaise…Il fallait donc trouver une méthode plus « propre »pour réaliser cet ignoble dessein.

Birkenau , immense et pourvu de 4 bâtiments intégrant chambre a gaz et crématoire fut construit en 1941 a 3 km du camp original. Aujourd’hui, il ne reste plus que des ruines des chambres a gaz : une a été détruite par une révolte de déportés(sonderkommando)  et les trois autres dynamités par les nazis fuyant le camp devant l’avancée russe. Situé au fond du camp, le complexe d’extermination abrite aujourd’hui un mémorial ou trônent des plaques commémoratives écrites dans toutes les langues des déportés, soit 22, rappelant ainsi la difficulté de communication entre détenus rendant toute évasion quasi impossible ( a l’époque les juifs de l’est parlaient Yiddish). Le camp parait un peu vide car la majorité des baraquements de Birkenau ont été démontés par les soviétiques et par des civils cherchant un toit, mais il en reste cependant un certain nombre dans lesquel on peut rentrer pour réaliser le confort du lieu…

plaque de commémoration. Il y en a dans 22 langues

En plus d’être impressionnante et d’être une occasion unique de mettre les pieds dans ce lieu dont on entend parler depuis son enfance,  la visite permet de se remémorer des faits et détails  un peu oubliés, comme l’histoire du prêtre polonais se proposant pour mourir de faim a la place d’un autre détenu, ou d’apprendre : le fameux panneau « arbeit mach frei » ne se trouve pas derrière le non moins célèbre bâtiment d’entrée par laquelle passe la voie ferré mais dans le camp numéro 1, les sinistre rails menant en fait a Birkenau. Cette voie ferré existait déjà avant, les nazis on donc fait a l’économie et a l’efficacité, le camp étant centralement situé en Europe et relativement éloigné de toute habitation.  La photo connue de ce bâtiment est en fait prise de l’intérieur du camp ; c’est en 1944 que les rails ont été prolongés jusqu’aux chambres a gaz,  spécialement pour l’arrivée des juifs hongrois. Le IIIeme camp, monowitz, était « juste » un usine de travail pour IG farben et l’industrie de guerre allemande, on ne le visite pas car détruit par les alliés pendant la guerre.  La visite ne peut se faire seul, il faut un guide. Cette dernière marchait un peu trop vite ce qui fait qu’on avait a peine le temps de lire les explications des différentes salles.

Au début je n’ai pas trop aimé la guide qui parlait avec une certaine agressivité, et faisait tout pour faire ressentir une culpabilité chez des gens nés 45 ans après la guerre tout en ne manquant pas d’insister sur le pathos, comme si on n’était pas assez grand pour appréhender et ressentir de nous-même l’ampleur de l’horreur. Avant de venir je me demandais d’ailleurs si on ressentait, quelque part physiquement, une tension en foulant un lieu qui a été la plus grande usine de mort de l’histoire et dans lequel ont  volés en cendres plus d’un million de vies. En fait pas tant que ça, le nombre de touristes n’aidant pas a imaginer les SS patrouillant entre les blocks.

Cependant le portail « arbeit » et le bâtiment d’entrée de Birkenau dégagent un magnétisme particulier qui fait qu’il est difficile d’en détacher les yeux, comme si en scrutant la brique rouge on voulait comprendre comment l’homme pouvait atteindre ce niveau de déshumanisation et de cruauté, tout en mangeant, dormant et ayant une vie de famille ( Heydrich était, partait-il un père aimant, Mengele un homme courtois…). A cet égard, a moins que notre guide n’ai pas choisi de nous les montrer, je n’ai pas vu de panneaux ou documents consacré au Dr. Mengele, qui était pourtant un personnage clé du camp. Il semble en effet être l’incarnation de la barbarie nazie :  a l’arrivé du train, mengele, en uniforme impeccable et ganté de blanc dirigeait de bref gestes de la main les déportés entre mort immédiate et sursis, tel un macabre chef d’orchestre. Ses expériences médicales effroyables sur des détenus réduits a l’état de souris de laboratoires soulèvent bien des interrogations : S’agit il d’un sadisme, d’une cruauté qui s’exprime grâce a  l’absence de contraintes morales ou juridiques du régime nazi, ou s’agit il d’un individu insensible pensant faire son devoir, et dont des années a respirer l’air national-socialiste on dissolu tout repère éthique, rendant sa tache compatible avec un comportement social par ailleurs normal, le juif ou tzigane n’accédant pas a ses yeux au rang d’humain ? En d’autres termes, mengele était il un psychopathe ou un individu « normal » formaté par le régime ? Il serait bien plus rassurant d’opter pour la première option mais le cas de la majorité des criminels nazis montrent qu’ils avaient une famille et que ces dernière les décrivaient en personnes respectables et attentionné… Il s’agirait dans ce cas-la d’une compartimentalisation poussée a l’extrême, sorte de schizophrénie qui expliquerait que le nazi borde sa fille le soir et en conduise d’autres a la chambre a gaz le lendemain, sans remord apparent.  Tenter de comprendre comment des hommes peuvent arriver a  infliger la mort quotidiennement, comme un tache ordinaire, reste toujours bien périlleux.

Dans notre groupe d’amis il y a deux allemands, lorsque que je leur ai demandé quelle était leur relation à la mémoire du IIIeme reich, ils m’ont dit que le « fardeau »  pesaient surtout sur la génération de leur parents et grand-parents  et qu’ils ont tourné la page une fois pour toute. Ils opèrent a une séparation, un cloisonnement mental entre leur pays et le nazisme. Des lors, les nazis leurs sont totalement étrangers, ce qui leur a permis de se rendre à Auschwitz avec un certain détachement. Cependant il s’avère que la rancune traverse les générations plus surement que la culpabilité ; dans un bar, je discutais avec des polonais – mes camarades germaniques se trouvant sur la banquette d’en face- qui « hate the fuckin germans », et on les comprend . Nazi ou Soviets, La Pologne a quand même sacrément dégustée son XXeme siecle.

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