A ti te gusta Evo Morales ?

Ce blog est censé être sur la Hongrie, mais j’ai peur que les souvenirs de  mon stage en Bolivie se diluent au fil des années, cet article parle donc de mon été sudaméricain.

Commençons par le commencement. En feuilletant la liste des stages des promos précédentes a la bibli, on se rend compte qu’il y a 3 catégories : Les stages qui font franchement pas envie « Supervision du rayon boucherie du Super U de Lens » ou « Bibliothèque municipale de Lille », les énooormes pistons : stage a l’ONU, dame pipi a la maison blanche.. et ceux qui te plaisent plus ou moins. J’avais envie de faire mon stage en Amérique latine, j’ai donc contacté ceux qui l’avaient fait la bas, ce qui m’a conduit en Bolivie au sein de Mano a Mano, une ong de Cochabamba.

Que tal el Presidente ?

Evo Morales, premier président indien (Aymara) de Bolivie, a été élu en 2005 et est loin, très loin, de faire l’unanimité. Comme en France me direz vous, mais ici c’est bien plus virulent, dans l’amour comme dans la haine. J’ai quand même demandé a au moins 50 personnes «  A ti te gusta Evo Morales ?» ( j’ai fini par me lasser au bout de 3 semaines). Pendant une soirée, un bolivien m’affirmait qu’il vénérait Morales, avait sa carte du MAS etc…En revanche, mon « patron » m’a soutenu que « el pays esta mal » et que Morales avait des dérives autoritaires ( censure etc..). La majorité des gens que j’ai interrogé, dont pas mal de chauffeur de taxis et de jeunes, ne l’aiment pas .  Avant de partir, je m’était forgé mon point de vue en regardant ses discours sur youtube. J’ai trouvé admirable qu’il légalise la feuille de coca ( plante sacrée, parfaitement inoffensive et aux vertus thérapeutiques), et en mâche une a la tribune de l’ONU. La coca est un incontournable de la Bolivie ; en plus d’etre utilisé dans des rituels religieux, elles constituent l’unique réconfort des mineurs de Potosi qui en mâchent continuellement jusqu’à en avoir une grosse boule dans la joue. Mais il se trouve que la coca sert a fabriquer la cocaïne…c’est la que le bat blesse.

Les EUA, dans l’optique que moins de gens se poudrent le nez chez eux, ont donc envoyé leur chiens de la DEA pour faire leur loi en Bolivie ; vas-y que je rende illégal une plante dont la culture constitue l’unique source de revenu d’une grande partie de la population. Comme toujours, les cowboys ont abusé de leur force et on tué, torturé et violé du petit indigène. Morales a foutu la DEA a la porte et il a eu raison. Il a aussi viré l’ambassadeur US, it takes balls, non ?

En résumé, morales incarne la division du pays entre l’Est riche, moteur économique du pays ( Santa Cruz) qui est en partie autonome du gouvernement de La Paz, et aspire a l’être complètement et le reste et les campagnes, peuplé de paysans indigènes. En résumé, on lui reproche de jouer la carte « indigène » au détriment du reste et de diviser le pays. Je persiste a croire que mieux vaut un président réellement bolivien qu’un caniche de Washington, comme Gonzalo Sánchez de Lozada, surnommé « el gringo », qui a ruiné le pays et coule maintenant des jours paisibles dans le Maryland

Daily life in Cochabamba

En se promenant dans les rues , ce qu’on remarque le plus, hormis le fait que tout le monde soit petit, bronzé et parle espagnol sans accent, ce sont le nombre de cybercafés, de taxis ( pour être un taxi, il suffit de coller un autocollant  « taxi » sur son pare-brise) et de pharmacies. Je le mentionne car a priori rien n’explique que les pharmacies pullulent : ça m’a donc un peu surpris. On trouve aussi énormément de vendeurs de rue ( sorte d’épicerie miniatures) ou de stands de hamburgers (dont j’use et abuse) et/ou choses plus exotiques. Difficile également de parcourir une rue sans croiser un magasin de portable, ou plutôt de carte sim, totalement peint au couleur de la compagnie. Ici, on aime aussi écrire tout ce qui nous passe par la tête sur les murs. C’est parfois politique « Evo de Nuevo » ou « Furera Morales », ça sert aussi a exprimer son enthousiasme pour un truc : en France on like une page Facebook, en Bolivie on le marque sur un mur ( j’ai vu écrit EMINEM un jour, ça doit faire bizarre que quelqu’un marque ton nom sur un mur a des dizaines de milliers de kms) ça veut parfois rien dire et une fois il y avait tagué « have a nice day ». Pourquoi pas.

Les voitures ont la priorité sur le piéton et klaxonnent en déboulant sur un carrefour, pour dire « cassez vous je passe ». Les bus sont en fait des minivans et on les hèle a n’importe quel endroit et descend quand on veut, c’est très pratique. Évidemment, je n’ai jamais mis ma ceinture, d’ailleurs il n’y en a même pas. Cette absence de formalisme est très appréciable :  le soir on montait a 10 dans un taxi, donc certains dans le coffre pour aller dans les bars.

Petit paradoxe marrant : les gens balancent allègrement leur papiers et autre déchets par les fenêtres des voitures et bus, les rues sont parsemés de déchets mais quand tu achètes une bouteille de coca en verre, tu a obligation de la boire sur place et de la rendre au vendeur pour recyclage, bon soit. Mais ça me dérange plus lorsqu’il s’agit de la bière : pour acheter une bouteille, il est préférable d’avoir une bouteille vide a donner en échange, sinon c’est beaucoup plus cher.

En ce qui concerne la faune, les chiens errants cohabitent pacifiquement avec les humains, et s’occupent comme ils peuvent : font la sieste contre un mur, gambadent avec leur camarades et surtout tentent de subsister en farfouillant dans les ordures qui jonchent les rues. Une fois, j’ai croisé un groupe de10 clébards qui courraient en groupe sur le trottoir. Ils étaient surement en retard quelque part. J’aime bien ces chiens ; sans eux la ville ne serait pas la même.

Et puis ça contribue aussi au dépaysement, car la Bolivie n’est pas l’Argentine ni le Chili, pays assez, voire très occidentalisés. Ici, plus de 60% de la population est indigène – pas arrière arrière petit fils de conquistador quoi – et le pays est nettement plus pauvre que ses voisins. Cependant, on n’est jamais frappé par la misère comme on pourrait l’être dans de nombreux pays africains. C’est-à-dire que dans les rues, il y a infiniment moins de mendiants que ce l’on pourrait attendre, et contrairement a l’Inde, personne ne vient vous arranger par curiosité. Une des heureuse conséquence (pour moi) de ce faible poid économique, c’est le cout de la vie, hallucinament faible. A midi, avec les collègues de bureau, on bouffait pour 1   euros, et un taxi coute 50 centimes en ville. Mes voyages de bus de 11 heures on couté entre 4 et 5 euros (un fois 2 euros mais j’ai voyagé allongé dans l’allée entre les sièges). A propos de car, mon pire souvenir a été un trajet en bus de nuit quasi vide,  glacial car sans chauffage ni couverture ( j’avais quand même 5 couches, des gants, un bonnet péruvien et je suis pas frileux)  et pour ne rien arranger le car roulait a 2 a l’heure, ce  qui fait qu’une heure après l’arrivé, dans mon lit, j’avais encore les pieds glacés.

Dans ce pays, qui compte parmi les plus pauvre d’Amérique latine malgré ses considérables réserves de lithium, étain et argent, il y a une nette division ville/Campagne. L’ONG dans laquelle j’ai travaillé construit des cliniques, des écoles et des routes pour les communautés pauvres et/car isolés. J’ai eu l’occasion de voir a quoi ressemble une communauté rurale bolivienne durant les deux inaugurations auxquels j’ai assisté ( discours, hymne national, et repas que t’as pas intérêt a refuser – Alors que j’étais tranquillement en train de faire des percussions avec les villageois, le chef de la communauté vient me prendre par la manche pour m’indiquer la salle du repas, je lui explique alors que je suis un peu malade ces dernier temps, rien y fait, il a l’air d’y tenir, et me foudroie du regard. J’ai mangé). Toutes les infrastructures construites par Mano a Mano aident énormément : une route praticable, par exemple, permet d’améliorer le commerce de produits agricoles locaux, de permettre aux gamins d’aller a l’école, et d’évacuer d’éventuels malades vers les villes. Une clinique permet de dispenser des soins vitaux en cas de maladie grave et élève largement le niveau d’hygiène du village.Mais Mano a Mano n’est pas le père noël non plus et exige une participation de la communauté dans l’entretien des structures construites. Le personnel était super sympa, m’ont fait un pot de départ etc..Les deux personnes que je consultait le plus fréquemment pour rendre compte de l’avancée de mon travail étaient d’une grande générosité, toujours disponibles et souriants et étaient parfaitement dépourvu de tous gêne de petit chef (acariâtre ou autoritaire), c’est a dire qu’un jour, en arrivant en retard, je m’assoie a mon bureau et le Dr. Zegara, mon principal « superviseur’ me gratifie d’un large sourire.Il était surtout en train d’écouter AC/DC a volume relativement élevée, ce qui n’était pas pour me déplaire.

Dangereux ou pas dangereux ?

Alors la, c’est ma plus grande surprise du voyage : absolument aucun problème de sécurité, même pas un regard de travers : c’est vous dire si je suis revenu entier ! Mais pourquoi serait-ce une surprise ? Tout simplement parce que les récits sur des agressions plus ou moins graves en Bolivie ne manquent pas : Des innombrables histoires histoires qu’on m’a raconté a la récente mort de deux français au nord du pays. Rolux, par exemple ( un fellow-palien qui est allé en Bolivie pour sa 3a) s’est fait braqué et menacé avec un couteau en l’espace de 2 mois, une autre volontaire américaine a évité le pickpocket d’un coup de pied bien placé, d’autres se sont fait dépouiller dans un bus, par des types armés d’armes blanches, et la litanie continue. Pourtant, je ne considère pas que la Bolivie soit un pays dangereux. il aurait très bien pu m’ arriver des ennuis : j’ai voyagé de nuit et parfois seul, j’ai énormément arpenté les rues, de jour comme a 3h du mat’, je suis allé dans les marchés…J’ai peut être eu beaucoup de chance, mais je crois plutôt que ce sont les victimes de vol ou d’agression qui en on manqué.Au regard de mon séjour, je suppose qu’ils étaient vraiment au mauvais endroit au mauvais moment. Il y a bien sur des zones a éviter : tout le monde m’a mis en garde contre la collina san sebastian par exemple. Même chose pour le Brésil, réputé dangereux, mon pote marc l’a sillonné tout l’été, et est revenu alive and well…

« Bruit d’obturateur »

La Bolivie est incontestablement un pays photogénique  et je le classe dans le top 10 des pays en terme de lieux d’intérêts et de diversité des paysages. Des sommets a 6000 metres, a l’Amazonie en passant par le Salar de Uyuni et le charme colonial de Sucre… Cette dernière ville, toute blanchie a la Chaux, est une splendeur. J’ai adoré La Paz mais je sais pas trop pourquoi, beaucoup n’aiment pas. En fait si, je sais pourquoi, la ville est situé dans un environnement montagneux et est elle-même très vallonnée. La nuit, elle brille donc de mille feux comme un sapin de noël, et c’est magnifique car ça scintille au dessus de toi.  Ajoutez à ce spectacle une bière fraiche et vous êtes comblé. Par contre, C’est très pollué, en partie parce que c’est la plus haute ville du monde. Le rues sont pentues et l’ambiance est radicalement différente de Cochabamba. La Paz est plus extrême, a tout point de vue : il  y a l’effervescence de toute capitale qui se respecte, le froid, l’altitude…

Pour obtenir Potosi, prenez le design de rues et l’altitude de la Paz (pentues et 4000 mètres), l’architecture coloniale de Sucre et ajoutez des couleurs a cette dernière. Ça donne une très belle ville, ancienne mine d’argent qui a permit à l’Espagne de rayonner en son temps, sur le dos (littéralement) des indiens qui tombaient comme des mouches dans les ténèbres des profondeurs. Aujourd’hui, ils triment toujours, mais pour leur propre compte.

La visite des mines est l’un des moment les plus mémorables du voyage. Après avoir revêtu tout l’équipement, on a acheté des cadeaux (dynamite, alcool a 96, gants , soda et feuilles de coca) pour les mineurs – la moindre des choses pour des touristes qui vont vivre pendant 3 heures ce qu’eux vivent quotidiennement jusqu’à la mort. Ensuite on descends, en s’éclairant a la lampe frontale, et on apprend a se courber après s’etre cogné plusieurs fois. Au fond de la mine, on s’est assis en rond avec les mineurs, et on a parlé pendant une heure tout en buvant un mélange d’alcool pur et de jus de fruit. Quand c’est a ton tour de boire, il faut renverser un peu de liquide sur le sol, pour Pachamama, la déesse de la terre. L’un deux avec 5 femmes, l’autre avait 5 gosses a 25 ans. Tous paraissent 15 ans de plus que leur âge. Ils ont pesté contre le gouvernement et la centralisation tout en reconnaissant des bonnes choses dans l’action de Morales. A noter que cette visite n’est pas du voyeurisme car les mineurs sont très fier de leur boulot et apprécient donc la compagnie des touristes. On a aussi vu la statue du Tio ( le diable). La mine est censé lui appartenir et ils lui font donc des offrandes pour qu’il les protègent. Le tio est le fruit de l’imagination des espagnols, quand les indiens se sont rebellés contre leur conditions de vie, il ont eu l’idée de créer ce diable pour les effrayer afin qu’il retournent trimer docilement. Faut croire que ça a marché. C’est quand même dingue que le catholicisme perdure en Amérique latine, quand on voit la manière dont il a été importé..Comme dirait un belge :  » Après 2-3 génération, le gamin il sait même plus pourquoi il prie ».

Quand on est allé a La Paz, on en a profité pour dévaler la « route la plus dangereuse du monde » a VTT. Ce chemin a flanc de montagne doit sa sinistre réputation aux accidents graves ( un bus de 100 personnes tombant dans le vide) qui sont survenus, a cause de son étroiteté ( parfois 3 metres de large seulement, d’un coté la montagne, de l’autre le vide.) Mais aujourd’hui il est a sens unique, et si tu as bien tes deux yeux, aucun souci a se faire, il suffit de rouler prudemment et de freiner dans les virages. Il y a quelques années un japonais a voulu faire le malin et a fait un fatal vol plané d’un km. L’intérêt de la descente réside dans le dénivelée : on part de 5000 mètres pour arriver a 1000 mètres, passant du coup des neiges éternelles au climat tropical. L’autre gros morceau de la partie « voyage » de mon séjour a été le salar de Uyuni, plus grand désert de sel du monde. Grand spectacle assuré. J’étais avec des belges (on a parlé bière,tintin et françois l’embrouille) qui « n’aiment pas les français, mais m’aiment bien moi, même si je suis français ».

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